Vos conseils, vous pouvez vous les garder !

par C. Befoune
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12 minutes
 

Comment répondre aux confidences d’une personne qui va mal ?

Cette question résume une discussion que j’ai eue après mon dernier post ici.

 

 

Ce post est celui qui enregistre à ce jour le plus de réactions. Ces réactions peuvent se ventiler en deux catégories : les remerciements et les confidences. Beaucoup m’ont remerciée d’avoir mis en mots ce qu’ils n’arrivent pas à véhiculer comme message. Cette catégorie m’a fait comprendre une chose : nombre de personnes traversent des moments inimaginables. Même des gens proches de moi, des gens que je ne pouvais imaginer tristes ou déprimés, ou bien pire.

La seconde catégorie m’a fait réaliser que la majorité des personnes n’ont pas à qui parler. J’ai eu en inbox des histoires entières de personnes qui passent par des moments troubles, qui se tailladent et tentent de suicider, et qui sont incomprises de leur entourage. J’ai tenu à répondre à chacune des personnes qui m’a envoyé un message. Si je ne vous ai pas répondu, n’hésitez pas à me faire un rappel et nous discuterons sur Twitter ou Instagram. Je préfère Instagram (@c_befoune), mais bon…

L’incompréhension de l’entourage est la chose la plus difficile à gérer. Him l’a dit lors de notre échange. J’ai failli péter un câble lorsqu’une amie très proche m’a dit qu’elle ne comprenait pas pourquoi j’allais mal parfois, étant donné que j’ai tout ce qu’il faut pour m’épanouir : un boulot que j’aime beaucoup, un appartement dans lequel je peux faire ce que je veux vu que je vis toute seule (et je peux vous l’assurer, je fais ce que je veux : le pied !!), des voyages à n’en plus finir… en gros, je fais ce qui me plaît. Alors pourquoi m’arrive-t-il d’être malheureuse ?

Ma réponse a été la suivante :

Ma vie est belle à tes yeux en raison de tes attentes à toi de la vie. Ça ne me concerne pas. Tu ne parles pas de moi. Tu parles de toi. Et tu annules pour moi la possibilité d’aspirer à autre chose. Je dois me conformer à tes attentes à toi et être heureuse de ce qui te rendrait heureuse. La vie ne marche pas comme ça. Diogène vivait dans un tonneau et en était très heureux. Est-ce que ça signifie que, parce que Diogène s’est épanoui dans ce style de vie, tout le monde devrait vivre dans un tonneau ?

Une autre personne m’a demandé inbox (je dois avouer que j’ai des conversations de haute qualité depuis que j’ai des anges qui se glissent dans mes messageries !) ce que j’attends de mon entourage lorsque je traverse de telles phases. Ma réponse est très simple. Rien. Pourquoi ? Parce que la majorité, comme cette amie proche, me listera ce qu’elle juge être “hypra top” dans ma vie. Puis elle me dira que je perds mon temps à me rendre triste pour des futilités. Elle poursuivra en disant que le bonheur est un choix. Les plus idiots du groupe (je suis désolée mais c’est la triste réalité) me diront qu’il est temps pour moi de fonder une famille. Les encore plus idiots ponctueront leur laïus alignant une imbécillité après l’autre par un “Tout ça c’est à cause de toutes ces lectures. Ce sont des problèmes d’intellectuels. Des futilités.”

J’ai eu droit à chacune de ces réactions, alors je sais de quoi je parle.

J’ai lu un livre une fois. Si je m’écoutais, je m’entendrais de Jacques Salomé. Je n’ai pas eu l’occasion de le terminer (il traîne dans un carton…), mais j’en ressens le besoin depuis la publication de mon dernier post. Ce que j’ai lu peut se résumer comme ceci : les gens ne se parlent pas. Ils n’ont pas de conversations. Chacun parle de lui sans tenir compte de ce que dit l’autre. Chacun ramène chaque phrase de l’autre à lui, alors il n’y a pas échange. Ils sont assis l’un face à l’autre, parlent, mais ne se parlent pas.

Prenons ce cas très simple

¨ Ma femme cherche du boulot. Elle est désespérée.

¨ Toi au moins tu as une femme. Depuis le temps que je cherche une fille bien !

¨ Elle va vraiment mal. Je ne sais que faire.

¨ Estime-toi heureux ! Toi au moins tu as quelqu’un à tes côtés !

Ceci est ce que nous appelons conversation. Et c’est la raison pour laquelle je l’ai dit de nombreuses fois, je ne me confie pas. Le réel n’est pas le même pour tout le monde. Chacun juge les problèmes de l’autre (pas “essaye de comprendre”, mais bel et bien “juge”) selon sa perception du réel, sa propre expérience, les changements par lequel il passe à ce moment précis, quelque chose qu’il aurait lu la veille, une expérience similaire qu’aurait eu un ami… sans tenir compte de la personne en face, sans tenir compte de moi. Mon histoire est analysée selon des prismes qui me sont aussi éloignés qu’inconnus, et je ne reçois que des réponses frustrantes, comme cette personne plus haut.

Je l’ai dit une fois, ce n’est pas parce que certains n’ont pas d’eau, que certains n’ont pas à manger, que certains ne savent pas où ils passeront la nuit, que je n’ai pas le droit d’être en deuil quand un côté de mes écouteurs ne marche plus. Vous ne savez pas ce que ces écouteurs représentent à mes yeux. Vous savez encore moins quelle partie de ma vie est amputée quand ils ne fonctionnent pas normalement : pas de podcast, donc pas d’histoire inspirante, pas de leçon apprise, pas d’information, pas de possibilité d’informer les autres, pas moyen de savoir ce qui se passe dans le monde ; pas de musique, donc pas de possibilité de travailler dans un monde où la définition de l’espace personnel de travail n’existe plus ; pas de gospel, donc aucune possibilité de prier coupée du monde, aucune possibilité d’avoir R. Kelly ou Kirk Franklin qui me rapproche des nuages qu’autrement je ne peux toucher. Et ça ne s’arrête pas là.

Ce qui peut sembler futile à certains peut représenter un monde pour d’autres.

Je parle, je parle, et je digresse.

La question de départ était comment répondre aux confidences.

La vérité est que je ne sais pas. Je ne peux que parler de ce qui marche ou ne marche pas pour moi.

La pire des choses à mes yeux, la plus frustrante, est l’invalidation de mon ressenti. Ce n’est pas parce que je mange tous les midis que j’ai le devoir d’être heureuse et donc de minimiser ce que je juge être un problème. Les comparaisons de ce type sont très blessantes. Les réalités de mon entourage ou du monde dans un sens plus large n’ont pas à s’appliquer à mon individualité.

Il serait également préférable d’éviter de me dire à quel point je suis forte. Ce qu’on voit de l’extérieur n’a très souvent rien à voir avec le monde qui bouillonne à l’intérieur. Une personne m’a dit ceci une fois. Lorsqu’il y a un accident, les gens se précipitent vers ceux dont les blessures sont visibles, identifiables, donc immédiatement curables. Ceux qui sortent du véhicule sur leurs deux pieds sont estimés bien portant. Pourtant bien d’entre eux décèdent quelques heures ou quelques jours après suite à une hémorragie interne. Une blessure n’est pas toujours visible. Le sang qui coule n’est pas preuve de gravité.

Il est difficile de parler à une personne qui se refuse d’avouer qu’elle ne comprend pas votre situation. “Je ne comprends pas, mais parle-moi, aide-moi à comprendre, et peut-être que comme ça je te serai plus utile.” Ces simples mots peuvent changer le cours d’une discussion, et même d’une vie. J’ai appris de Myleik Teele que “Je ne sais pas” est une des réponses les plus louables. On met les pieds dans le plat chaque fois qu’on essaye de faire croire qu’on comprend alors que ce n’est pas le cas. Je l’ai fait tellement de fois. J’en suis désolée.

Les conseils. Les conseils. Les conseils. C’est juste horrible. Toute phrase qui commence par “Je te conseille de” est tout simplement effroyable. Je déteste ça. La plus belle manière de me hérisser le poil est de me dire “Je te conseille de”. Non. Non. Non. Jamais. Je vous en prie. Non. Ça fait condescendant, surtout lorsqu’on est face à des problèmes existentiels.

S’il y a une belle méthode d’échange lorsqu’une personne est face à un problème, c’est la maïeutique socratique. Faire accoucher des idées. C’est magnifique. Vous avez remarqué que les psychologues ne parlent pas ? Ils posent des questions du genre “Et vous, qu’est-ce-que vous en pensez ?” Ce n’est pas parce qu’ils sont idiots. C’est parce que la personne en face n’est pas là pour les entendre parler. Elle est là pour parler et peut trouver des solutions par elle-même si on la mène vers la voie. Le silence peut être d’or dans ce type de discussion. Tout comme les onomatopées. Certains veulent juste vider leur sac. Tout sortir. Tout. Et des “Qu’en penses-tu toi” peuvent être d’une très grande aide. Tout sortir de son ventre est un bond vers la “guérison”.

J’ai une très grande admiration pour Larry King. Il n’a peut-être pas de média d’influence à son actif, mais il vient juste avant Oprah dans mon estime. Il est le meilleur conducteur d’interview au monde, et c’est la raison pour laquelle il a eu à faire de très, très belles audiences. Larry King a deux principes. Ne jamais mentir, et toujours demander pourquoi.

Ne jamais mentir à son audience parce que les gens se sentent proches de ceux qui disent la vérité et exposent leurs failles. C’est la raison pour laquelle Superman est moins aimé que T’Challa. Demander pourquoi parce que la personne interviewée est là pour parler. Pas pour écouter. Pourquoi fait aller au fond des choses et l’emmène parfois à partager ce dont elle n’avait même pas conscience. Pourquoi. Pourquoi ça. Pourquoi ci. Pourquoi pas plutôt ça. Pourquoi. Tout simplement. Un Socrate en puissance.

Après tout dépend de qui on a en face de soi. Ma sœur et moi avons une manière différente de communiquer quand l’une ou l’autre va mal à cause d’un fait précis. L’insulte. Mais littéralement. L’insulte. Une personne lui a fait du mal ? Dès qu’elle me le dit je démarre : Un idiot ! Un imbécile ! Il sait même à qui il parle ? Un con comme ça ! Mais vraiment les gens pensent qu’ils sont arrivés hein ! Un gars bête même ! Il se croit où ? Et c’est parti pour une heure. Pareil si un entretien n’a pas été concluant. L’entreprise est fichue. Même les sièges vont y passer. On se sent bien après. Et on rigole comme des folles. La violence verbale aide parfois, mais il faut bien tenir compte de qui on a en face de soi. Je ne le fais qu’avec très peu de gens.

Un dernier point. Dernier parce qu’il est tard et je veux regarder un épisode de New Amsterdam avant de me coucher. Lorsqu’une personne s’est confiée, même dans un moment d’humeur la plus légère, évitez je vous prie, en tout instant, de faire de sa situation un sujet de raillerie. Jamais. Jamais. Jamais. Il n’y a rien qui fasse plus mal que ça. Jamais. On ne peut rire de tout, surtout des douleurs des autres alors qu’ils les ressentent encore. Ou même quand la vague est passée. Non. C’est méchant. C’est cruel. C’est impardonnable. Ces personnes peuvent rire d’elles-mêmes parce que d’une manière ou d’une autre, rire les rassure du fait que l’épisode est derrière elles. Mais qu’une autre personne en rigole ? Évitez je vous prie.

Après mon dernier texte, un ami est parti en vrille. Mais littéralement. Il s’est plaint du fait que je m’expose, et il a proposé que je parle de sujets sans parler de ma propre expérience. Je ne parle pas de ce que je ne sais pas. Je n’aide pas quand je ne partage pas, quand je perpétue le tabou. Tout comme je ne savais pas que nombre de personnes autour de moi ont tenté de se suicider, je laisse les gens penser qu’ils sont seuls dans leur situation. L’envie de se couper est bien plus commune qu’on peut le penser, que je pouvais le penser. Parler est le premier pas vers sa propre guérison, mais aussi vers la guérison de nombreuses personnes qui nous sont aussi connues qu’inconnues. Merci à Him d’avoir parlé dans le dernier post.

Oh ! Et pour ceux qui souhaitent regarder la scène que j’ai évoquée, celle avec Björn, Ragnar et Lagertha dans Vikings, la voici.

Photo : A Soma de Todos os Afetos

Hello, mon nom est Befoune et je parle parfois de mes épisodes de dépression. Partagez cette histoire si vous l’avez aimée. Partagez quand même si ce n’est pas le cas. J’ai besoin d’encouragements. Vraiment.

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