Pourquoi je ne me confie pas

par C. Befoune
3 commentaires
8 minutes

Les plaintes sont une réelle perte de temps.

Et je n’ai pas de temps à perdre, quelle que soit la raison.

Un petit ange est entré dans mon inbox et m’a posé une question en rapport avec quelque chose que j’ai souvent dit dans mes articles sur Medium : pourquoi est-ce que je ne me confie pas, pourquoi est-ce que je ne me plains pas ?

C’est vrai, je ne me confie pas. Je n’ai pas de meilleur(e)ami(e) à qui je raconte mes petits secrets, je n’ai pas d’épaule sur la quelle je pleure quand tout va mal. C’est parfois blessant pour certains qui pensent que je n’ai aucune considération pour eux, raison pour laquelle je ne dis rien.Dans ma réalité c’est tout le contraire. J’ai trop de respect pour eux pour leur perdre du temps (et le mien avec) pour des jérémiades.

Les plaintes ne résolvent pas une situation. Au contraire,elles l’empirent. On y pense tout le temps, on fatigue son monde avec la même histoire, on la tourne et la retourne dans tous les sens en se focalisant sur une seule chose : les aspects négatifs de la chose. Généralement on se construit autour de soi un système de soutien qui nous encourage dans cette voie,parce que toujours prêt à nous écouter, se disant que ça nous fait sans doute du bien de parler.

Ce qui nous ferait du bien pourtant est très simple : des solutions.

Si je vais vers une personne pour me « plaindre »d’une situation, ce qui peut arriver, mais très, très, très rarement, c’est parce que je sais que cette personne peut m’apporter une solution. Je n’ai pas besoin d’être écoutée juste parce que ma voix est agréable à entendre. J’ai besoin de solutions. Si la personne en face m’a proposé une solution, qu’elle m’arrange ou pas, je ne reviendrai plus jamais vers elle avec le même problème. Sauf dans deux cas précis : je souhaite qu’on rediscute de la solution afin qu’on l’ajuste selon mes besoins, ou je viens lui présenter les résultats de la solution proposée, ou d’une autre solution appliquée. En gros, je reviens quand le problème est en voie de résolution ou quand il est résolu.

Je n’ai pas de temps à perdre pour des inutilités. De la même manière, je ne perds pas de temps aux gens pour des inutilités.

J’ai été une pleurnicharde. Pendant des années. J’ai été la personnification de l’auto-apitoiement. Rien n’allait jamais bien. Si ceci ne s’était pas passé comme ça, alors la situation en cours de déroulement serait différente. Et je ressassais. Et je ressassais. Et je ressassais. Je revivais la situation douloureuse dans ma tête à longueur de journée, je lui créais des issues différentes et j’imaginais ce que ça aurait pu être, comment une situation idyllique en serait ressortie, et comment le monde entier, moi en premier,aurait été heureux jusqu’à la fin des temps.

Le problème était résolu dans ma tête, mais empirait dans la vie réelle tout simplement parce que je n’y accordais pas de temps. Je croyais lui accorder du temps étant donné que je passais la journée à y penser, mais à aucun moment je ne me suis demandé « Comment est-ce que je résous cette situation afin qu’elle soit réglée et qu’elle ne se reproduise plus ? »

Cette façon de voir les choses fait de moi ce que beaucoup appelleraient une mauvaise amie.

Je ne supporte pas les plaintes. Je déteste ça. Ça me fait perdre du temps, et ça fait perdre du temps à la personne qui se plaint parce que je ne l’écoute que d’une oreille, pour ne pas dire que je ne l’écoute pas.Je l’écoute une seule fois. La première fois. Je lui demande ce qu’elle veut, puis je crée un environnement propice à une réflexion aux solutions. Si elle n’est pas réceptive et se sent bien dans son auto-apitoiement, je me barre. Tous simplement.

Pourquoi ? Pour deux raisons essentiellement. La première est que la personne en face de moi vaut mieux que ça et je ne contribuerai pas à faire d’elle une personne qui préfère les problèmes aux solutions. La seconde est que moi aussi j’ai des problèmes. Et de sérieux problèmes. Ce n’est pas parce que je n’en parle pas qu’ils n’existent pas. J’ai besoin de leur accorder du temps et d’y réfléchir sérieusement pour m’en sortir. Je suis prête à me détourner de cette réflexion pour me consacrer à une autre d’où ressortiront des solutions utiles à quelqu’un d’autre. Je ne suis pas prête à m’en détourner pour m’apitoyer sur le sort de quelqu’un quand je ne m’offre pas le luxe de m’apitoyer sur mon propre sort.

Leyla est le nom de celle qui m’a menée sur ce chemin. C’est grâce (ou à cause ?) d’elle que je ne perds pas de temps en jérémiades.Elle a posé les bases qu’il fallait. Leyla a grandement contribué à la restructuration de mon mindset lorsqu’il s’agit de ma gestion de mes propres problèmes. Lorsque je venais vers elle les larmes aux yeux avec un problème,elle me présentait froidement ma part de responsabilité et me disait à quel niveau je devais changer de comportement pour avancer vers une résolution du problème.Elle se fiche pas mal des états d’âme et c’était très difficile à vivre par ce qu’il n’est généralement pas agréable de s’entendre dire que nous sommes à l’origine de notre misère. Lorsque je revenais la deuxième fois avec le même problème,elle me rappelait la solution. La troisième fois elle prenait bien soin de me dire qu’elle n’a pas de temps pour ça et raccrochait son téléphone ou parlait d’autre chose.

Leyla est aujourd’hui la personne vers qui je me tourne quand je sais que j’ai besoin d’être giflée. Elle m’a appris à lui présenter les situations de manière objective, sans enjoliver mon rôle, ce qui me permet à moi-même devoir où j’ai fauté. Elle dissèque mes fautes, et me dit ce qu’il y a à faire pour remettre le train sur les rails. On en parle une fois. Une seule. Puis je reviens vers elle avec les résultats suite à l’application de la solution née de notre réflexion ensemble. Point.

Pour ce qui est des « petits secrets », je n’en ai pas. Ma vie n’est pas un petit secret. Elle est, tout simplement. Je dis à mon entourage ce que je pense utile ou nécessaire pour lui de savoir. Ça ne va pas plus loin que ça. Je ne suis pas un Paris Match ambulant, je n’ai pas besoin qu’on Keep Up with Befoune.

Il y a une chose que j’ai apprise avec le temps. Lorsque des gens savent plus qu’il n’en faut sur vous, qu’ils soient vos amis ou non, ils pensent avoir un droit de regard et de parole dans votre vie. Ils vous donnent des avis et des conseils non sollicités et estiment savoir mieux que vous ce dont vous avez besoin. Ils ne frappent plus à la porte et entrent sans attendre une invitation de votre part. Je le sais, j’ai été comme ça. « Tu vas te marier avec ce gars après tout ce qu’il t’a fait ? Je te rappelle qu’il est sorti avec ci, et ça, mais aussi ci, sans compter qu’il t’a trompée avec ci, et ça, et tu vas te marier avec lui ? » Mon seuil de tolérance devenait universel et seul mon avis comptait. Parce que j’en savais trop, je me donnais le droit de diriger.

Aujourd’hui non seulement je me tais, mais je ne pose pas de questions. Trop en savoir me pose problème. Je ne veux avoir un avis conscient ou inconscient sur la vie de personne. Je n’ai pas besoin de savoir avec qui une personne fricote pour être son amie. Je n’ai pas besoin de savoir qui est le père ou la mère de son enfant pour décider si elle est de bonne moralité ou pas.Je n’ai pas besoin de savoir quel est son passé pour faire partie de son présent. Je refuse tout ragot sur mes amis, et je n’en alimente pas. Même si je le voulais je ne pourrai pas. Je n’en sais pas assez.

Je le dis une fois de plus, une amitié doit être utile. L’apitoiement est à mon sens inutile, tout comme perdre du temps à disséquer des histoires privées qu’on n’a pas besoin de savoir.

Photo : Meditation TV

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3 commentaires

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Anna décembre 15, 2018 - 8:23

Tindinnnnnnn

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Hored SOSSOU décembre 16, 2018 - 9:32

Article très intéressant.

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C. Befoune
C. Befoune décembre 17, 2018 - 6:41

Merci Hored !

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Commentaire

Des cookies sont servis mais ils ne sont pas à manger ! J'espère que ça ne pose pas de problème... Accept Read More

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