Oui, il est possible de vivre sans regret

par C. Befoune
4 commentaires
9 minutes

– À cette même période l’année dernière tu allais vraiment très mal…

– Pourquoi ? Qu’est-ce que j’avais ?

– Tu étais enceinte !

– Aaaaaaah c’est vrai ! Oh gosh j’avais oublié !

 

J’ai eu cette discussion il y a quelques semaines (ou mois ?) avec le papa du petit humain. J’avais le petit dans les bras et je le couvrais de bisous. Oui, c’est mon sport préféré. Son papa nous regardait puis il a dit cette phrase. Au même moment l’année dernière tu allais très mal.

Si vous me lisez depuis un moment, vous savez que j’ai vécu une grossesse traumatisante tant sur le plan physique que psychologique. Je pensais vraiment que ma vie était fichue et je n’entrevoyais aucun avenir après ma date prévue d’accouchement. J’ai essayé de nombreuses fois de faire des plans pour l’après, mais rien n’y faisait. Ma vie s’arrêtait ce jour-là. Befoune aurait un enfant, une étape qu’elle s’était jurée de ne jamais franchir. Enfant était égal à fin de vie. Point.

J’étais bloquée dans ce moment que je vivais. Mon passé appartenait définitivement au passé car ma vie ne serait plus jamais la même, et les perspectives de futur, d’avenir se refusaient à moi. Je n’avais que le présent. Lorsque je criais ma misère, mes douleurs et mon mal-être sur Instagram ou ici sur le blog, Je me souviens que je recevais parfois des messages de gens qui me demandaient d’y aller doucement : « Tes mots sont violents, que penserait ton enfant s’il les lisait dans quelques années ? »

Ces réactions qui m’horripilaient à l’époque me font sourire aujourd’hui. Ai-je peur que le petit humain tombe sur ces écrits ? Non. J’avais besoin de vivre pleinement cette période, de ressentir l’horreur de mes douleurs, de leur offrir la première place dans ma vie pendant la période de leur existence.


Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous mangiez autant lorsque vous vous retrouvez face à l’un de vos mets préférés ? Je me suis posée la question parce que j’en avais marre de bousiller mon estomac chaque fois que je me retrouvais face au eru, plat de connaisseur uniquement ! Après des jours de réflexion (oui, mon cerveau planche sur ce type de questions pendant des jours) j’ai finalement compris qu’il s’agissait de faire durer le moment. Tout simplement.

L’humain a tendance à s’accrocher aux bons moments afin qu’ils durent le plus longtemps possible. Chaque minute qui passe appartient au passé. Voir à quel point le présent n’existe pas est quelque chose de très curieux. On mange autant parce qu’on n’a pas eu l’occasion de consommer ce mets pendant un moment dans le passé et on a peur de ne pas y avoir accès dans un futur proche ou lointain. Le présent ne compte pas. Il comble les lacunes du passé et prépare pour un futur qui n’existera peut-être jamais.

J’ai été une grande nostalgique. Je vivais dans le passé, essayant de raviver les flammes éteintes et romançant même les faits les plus sombres. L’objectif semblait être de ne pas avoir de futur tant l’incertitude était grande. Le présent ne me servait qu’à penser au passé et à le faire revivre. Les amours perdus, les amitiés gâchées, les moments marquants… Il fallait tous les garder en vie quitte à pardonner, recommencer et s’écraser à nouveau.

Beaucoup disent que seul le présent nous appartient, mais peu respectent ce moment. Les gens qui vont à des concerts sont plus occupés à filmer le concert avec leur téléphone qu’à jouir de la prestation de l’artiste. Le plus beau ? Ces vidéos sont oubliées une fois l’enregistrement terminé. Le concert n’a pas été regardé car on souhaitait le garder pour le futur de manière indéfinie, sauf que le futur a d’autres plans et le cerveau a d’autres choses à penser que cette triste vidéo de ce moment au final raté.

Pendant ma grossesse je me suis appropriée du moment présent, le seul à ma portée. J’ai pleuré, j’ai prié, j’ai crié, j’ai vociféré et j’ai parfois maudit. J’ai pris le temps d’analyser ce moment vécu et ses implications non pas sur le futur, mais sur ce présent que j’étais forcée de vivre. Les douleurs ont été atroces et je ne pouvais les fuir. Nous étions bloquées elles et moi dans un espace-temps qui semblait sans fin.

De nombreux mois après, je m’aperçois que quelque chose manque. Lorsque je passe ma main sur la cicatrice héritée de ma césarienne, elle me semble irréelle. Elle n’est pas douloureuse. Je n’ai gardé aucune douleur de ces moments-là, et aujourd’hui ils semblent n’avoir jamais existé. Je regarde le petit humain vaquer à ses activités et j’ai du mal à réaliser qu’il a été dans mon ventre, que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand j’ai réalisé que j’étais enceinte et que j’ai maudit chaque article que je lisais pour me préparer à son arrivée et qui disait « Vous devez être impatiente d’avoir votre boule de joie/de bonheur/d’amour à vos côtés ! »

Parfois je me dis que j’aurais aimé conserver une douleur sur le très long terme, qui me rappellerait que cette période-là a vraiment existé. Ces moments sont ceux durant lesquels je suis encore plus fière d’avoir pris le temps de vivre mon mal-être et de l’exprimer. Il est perdu aujourd’hui, mais il a été pleinement vécu. Je lui ai laissé le temps de naître, de grandir, puis de disparaître. Il n’est certes plus avec moi, mais notre parcours l’un à côté de l’autre a été entier.

J’ai la certitude que mon sens de la parentalité et ma relation avec le petit humain auraient été négativement affectés si j’avais refoulé la moindre de mes douleurs. Elle se serait sournoisement manifestée d’une manière ou d’une autre. Aimer un enfant semble facile. Le détester l’est tout autant.


Je dis souvent que je vis sans aucun regret. J’ai adopté cette philosophie après avoir réalisé que mon passé n’est que le résultat de ce que j’ai fait de mon présent au moment où je le vivais. Comment regretter des décisions que j’ai prises de manière consciente ? A qui la faute si je n’ai pas pris le temps de considérer toutes mes options parce que j’avais hâte de quitter le moment que je vivais ?

Oui les retombées peuvent être dramatiques et oui je ne suis pas seule actrice de ma vie. Les actions d’autres peuvent certes influencer son déroulé, mais je tiens le rôle principal. Le héros du film est celui qui porte la faute lorsque la fin du film est merdique. Les scénaristes et le réalisateur sont à des années-lumière des pensées des spectateurs mécontents.

Si les choses se passent mal, soit je n’ai pas pris le temps de vivre le présent dans sa plénitude et je me suis focalisée sur autre chose, soit j’étais convaincue au moment de prendre la décision qui m’a conduite à une catastrophe qu’elle était la bonne. Qu’y a-t-il donc à regretter ? De n’avoir pas fait ce qu’il fallait alors que je le pouvais ou alors d’avoir eu la certitude que j’étais sur la bonne voie ? Pourquoi regretter quand ce que le moment vécu une fois la faute réalisée m’offre est la possibilité de rectifier le tir autant que faire se peut ?

Beaucoup m’ont dit que c’est une manière très froide de considérer la vie. Non. C’est vivre pleinement sa vie, accepter ce qu’on ne peut changer et changer ce qui peut l’être. Je vous en ai parlé dans l’article Sérénité : accepter ce que je ne peux changer.

Il en va de même pour le futur. Il n’est que la récolte des actions posées dans le présent. On est fatigué le matin parce qu’on n’est pas allé au lit assez tôt la veille (ma situation en ce moment même). On n’a pas son examen parce qu’on n’a pas pris le temps de réviser autant qu’il fallait. On n’est pas performant dans son domaine d’activité parce que là, tout de suite, on n’est pas fichu de s’acheter un livre et le lire histoire de s’édifier.

Seul le présent nous appartient. Il est la matière première du passé et du futur. S’il est mal vécu le passé sera plein de questionnements, de et si… ? et le futur sera plein d’incertitudes. Dis comme ça, la phrase Seul le passé nous appartient prend une toute autre dimension. En réalité tout nous appartient, sauf que tout dépend de ce que nous décidons de faire de notre présent.


PS : peu de gens le savent, mais il est possible de surligner des passages des articles, comme c’est le cas sur Medium. Ce serait bien d’utiliser cette fonctionnalité pour que je sache quelles sont les parties du texte qui ont retenu votre attention. Et puis, il faut bien que mon argent serve à quelque chose puisque j’ai payé pour cette fonctionnalité !


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4 commentaires

Nelly Rachel septembre 5, 2020 - 1:13

Je viens de vous découvrir,c’est si agréable à lire,si limpide ,vous abordez cette partie de la maternité qu’on refuse d’accepter,merci pour ce partage

Reply
C. Befoune septembre 5, 2020 - 2:19

Bienvenue parmi nous Nelly, c’est un plaisir de t’avoir ici !

Reply
xtincell septembre 16, 2020 - 11:26

Aimer un enfant semble facile. Le détester l’est tout autant.Amen

Reply
C. Befoune septembre 29, 2020 - 11:54

Pourtant peu acceptent cette réalité.

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Commentaire

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