Embrasser le changement quand on peut ne pas

par C. Befoune
2 commentaires
8 minutes

Je ne parle quasiment jamais de religion, de foi ou de croyances.

Je me suis retrouvée récemment à parler religion avec un mec. Il ne s’agissait pas des fondamentaux des croyances, mais plutôt des mots. C’était une question de sémantique plus qu’autre chose, sinon je me serais tue.

Le mec défendait avec véhémence l’idée selon laquelle le Vaudou n’est pas une religion. Je me suis évertuée à lui expliquer ce qu’est le Vaudou. Je me suis même tournée vers des Béninois pour m’assurer de la véracité, mais aussi de l’enrichissement de mes propos. Le Vaudou est bel et bien une religion. Le mec ne voulait rien savoir.

Après des minutes et des minutes de discussion, il a dit quelque chose qui m’a montré que nous étions en plein dans un dialogue de sourds. Tous les arguments que j’ai défendus au cours de notre discussion étaient inutiles. Il ne s’agissait pas de montrer que les pratiques vaudous étaient des pratiques de croyants envers une ou des déités. Le problème du gars était le mot religion : le Vaudou existait bien avant que les Blancs emmènent avec eux sur nos terres jugées obscures le mot religion. D’après lui, le Vaudou n’est pas une religion parce qu’il existait bien avant que les Blancs ne le nomment ainsi.

J’étais interloquée. Je tombais des nues. Pour clore le débat je lui ai posé une question : « Étant donné que les marmites n’étaient pas appelées marmites à l’ère néolithique, elles ne sont pas des marmites ? »


Je suis réfractaire au changement. Je déteste tout ce qui vient casser la routine ou la dynamique. Je déteste tout ce qui est nouvelle tendance ou nouveauté tout simplement. Si vous me suivez sur Instagram, alors vous connaissez certainement mon désamour pour Tik Tok et ses vidéos qui envahissent mon réseau social préféré du moment. Vous savez également comment j’ai atrocement vécu ma grossesse alors que je me préparais à une vie de solitude et de connaissances acquises ad vitam aeternam.

Je suis réfractaire au changement mais je reste consciente de la réalité selon laquelle il est primordial à l’évolution, qu’il soit positif ou négatif. Il m’a par exemple été difficile d’accepter de laisser partir Elle Citoyenne, mais si je ne l’avais pas fait Digressions n’aurait jamais été, tout comme tout le travail de déchaînement du soi que j’effectue autour.

En réalité le changement m’effraie. J’ai l’impression de perdre le contrôle, de ne plus savoir où je suis, de me noyer dans cet inconnu dont je ne connais pas les codes. Mon équilibre dépend grandement de ma maîtrise de mon environnement.

Le plus curieux parce que contradictoire est que je suis de ceux qui refusent de se laisser vivre dans le passé. Je ne le laisse pas me définir ou définir mon avenir. J’ai été une peste autrefois, ce qui ne signifie pas que je suis destinée à être une peste dans le futur. J’ai accepté de me laisser marcher sur la tête quand j’étais plus jeune, mais aujourd’hui je refuse de faire office de paillasson pour qui que ce soit.

Autant je ne me laisse pas noyer dans le passé, autant je garde la lucidité nécessaire pour tirer tous les enseignements possibles des événements qui y sont figés. Mes peines de cœur m’ont par exemple montré que je ne devrais pas fréquenter un certain type de mecs. Je sais grâce à mes échecs quelle est la préparation nécessaire pour cartonner dans telle ou telle autre situation.

Les faits passés sont la base des codes du futur. Se borner à rejeter l’un pour préserver l’autre c’est se borner à une souffrance mentale qui naîtra du refus du réel. C’est ce qui s’est passé avec le mec dont je vous ai parlé au début de l’article. Il rejette la nouveauté et s’accroche au passé, pourtant cette nouveauté donne une nouvelle dimension à l’élément qu’il défend avec véhémence. Imaginez un instant que nous rejetions le mot menstrues et tout ce qui va avec. Nous en serions encore à accepter que les règles sont un phénomène de sorcellerie et les utérus peuvent sortir par le vagin à cause d’un éternuement !

Si le Vaudou n’est pas une religion, si aucun concept n’existe pour le nommer et aucun mot n’existe pour le qualifier ne serait-ce qu’approximativement, alors il n’est pas, tout simplement. Le mot religion qui lui est attribué ne change en rien ce qu’il était et sa comparaison aux autres religions n’altère en rien la qualité de son culte et la foi de ceux qui y croient. Au contraire, codifier ce qu’est le Vaudou permet de l’expliquer logiquement et surtout de se faire comprendre.

Tout n’est que continuité. Le changement est parent de cette continuité tant utile aux évolutions qu’aux révolutions.


L’article précédent sur le blog est intitulé Les femmes viennent de Pluton et les autres… d’où ils veulent. Comme je l’ai mentionné, il a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture. Il était question de s’approprier la déchéance de Pluton et de l’associer à une réalité qui semble n’avoir rien en commun, puis de montrer les similitudes entre les 2 éléments.

Cet article est également écrit dans le cadre de l’atelier, du même exercice, mais pour un groupe différent. Ce groupe-ci doit s’approprier un texte sur l’histoire du savon intitulé (roulement de tambours…) L’histoire du savon.

Il y a plus de 4000 ans le savon n’était pas le pain parfumé que nous tenons entre nos mains pour nos douches, le gel soyeux que nous utilisons pour nos bains, et encore moins ce liquide à l’odeur enivrante servant à laver nos lessives. C’était quelque chose de dégoûtant, de la graisse alliée au carbonate de potassium. Il était hors de question de se passer cette horreur sur le corps si ce n’était pour soigner des maladies de la peau ! Elle servait uniquement à la lessive. Il fallait vraiment être dans une situation difficile pour accepter de se l’appliquer sur le corps.

Pendant près ou plus de 2000 ans, le savon a évolué. De nombreux éléments ont été ajoutés à sa composition et, en parallèle, les habitudes sociales ont changé : les gens ont commencé à vraiment se laver. J’ose dire qu’avant ça ils ne faisaient pas plus que « se rincer ». Je peux vous assurer qu’avec mon dégoût pour le changement et la nouveauté, j’aurais eu du mal à accepter de me laver et une fois cette pratique (difficilement) adoptée, j’aurais continué à me rincer pendant un bon bout encore.

Je suis de ceux qui pensent que tout est lié et quel que soit le domaine, l’histoire est un perpétuel recommencement. En quoi est-ce que l’évolution du savon associée à celle des styles de vie qui ont conduit de la graisse et la saleté dégoûtantes aux bains parfumés est différente de celles dont j’ai parlé précédemment ? Les mecs auraient pu s’accrocher au passé sans douche et décider que la saleté resterait la norme ad vitam aeternam. Certains s’y accrochent encore 4000 ans plus tard si on se fie à certaines odeurs, et personne ne comprend pourquoi ils mettent leur santé en danger alors qu’ils peuvent tout simplement se laver.

Je suis certaine que l’acceptation du passage du savon de produit ménager à article de luxe aurait été difficile si elle s’était faite brusquement, tout comme il m’a été difficile de passer en un laps de temps de « pas enceinte et jamais enceinte » à « enceinte ». La chose s’est faite progressivement, tout comme ma transformation de singleton égoïste à parent. Le quotidien changeait petit à petit au fil des jours et. Après 2000 ans d’évolution d’un côté et 9 mois de l’autre, le fait a été accepté et adopté.

Il est vrai que, comme le mec mentionné au début de l’article, beaucoup ont encore du mal à accepter certains changements malgré le passage du temps. Ce n’est pas hier nuit que le Vaudou a été qualifié de religion, mais ce mec reste imperméable. Sauf que, malgré tous ses arguments, il ne sait pas aujourd’hui comment qualifier le Vaudou. Culte ? Croyance ? Foi ? Comme religion, tous ces mots ont été « emmenés » par le Blanc.

Du coup je me demande si dans sa logique, étant donné que le savon n’était pas appelé savon lorsqu’il a été créé, on devrait l’appeler savon aujourd’hui…

Photo : Retha Ferguson


PS : peu de gens le savent, mais il est possible de surligner des passages des articles, comme c’est le cas sur Medium. Ce serait bien d’utiliser cette fonctionnalité pour que je sache quelles sont les parties du texte qui ont retenu votre attention. Et puis, il faut bien que mon argent serve à quelque chose puisque j’ai payé pour cette fonctionnalité !


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2 commentaires

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Charmante Akpatcho août 24, 2020 - 10:12

<> Texte très intéressant et véritable bouffée d’air frais pour une jeune licenciée remplie d’appréhensions par rapport au monde du travail, monde très différent du cadre scolaire.
Le changement fait partie intégrante de l’évolution
Merci pour cet article

Reply
C. Befoune
C. Befoune août 26, 2020 - 3:10

Merci à toi d’avoir pris le temps de le lire !

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Commentaire

Des cookies sont servis mais ils ne sont pas à manger ! J'espère que ça ne pose pas de problème... Accept Read More

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