Comment créer une garde-robe minimaliste qui a du style

par C. Befoune
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17 minutes

« Très franchement avec toutes les fringues que je vois en story sur Instagram, tu n’es pas minimaliste ! »


Ça fait un bout que je n’ai pas parlé de minimalisme sur le blog, pourtant le sujet est souvent réclamé. La majorité des questions que je reçois semblent toutes avoir le même fond qui est « Pratiques-tu toujours le minimalisme ? », et le fond de ce fond (oui, vous avez bien lu) semble souvent être « Je ne pense pas que tu sois minimaliste ! » La raison des doutes exprimés est ma garde-robe. Sur la base de certaines stories postées, beaucoup pensent qu’elle est un petit peu trop fournie pour une garde-robe de minimaliste. Permettez-moi donc de parler aujourd’hui de mon style vestimentaire, de ma garde-robe et du minimalisme.

Il y a quelques temps (une antiquité !) j’ai partagé ma stratégie d’achats de vêtements. Pour résumer, ma règle de base était claire : je ne suis pas la mode ou les tendances. Je l’ai longtemps fait dans ma jeunesse et je me retrouvais avec des armoires pleines à craquer de fringues que je ne pouvais plus mettre 2 mois après les avoir achetées parce qu’elles n’étaient tout simplement plus socialement adaptées.  J’ai opté pour un style sobre, passe-partout selon mes activités et les milieux que je fréquentais, un style aligné à ma personnalité. J’achetais des vêtements généralement 2 fois par an en me basant sur mes besoins très souvent liés au changement de saison. Je fréquentais généralement le même magasin, et mes priorités étaient la sobriété et la qualité. Je préférais acheter cher des produits durables plutôt que des produits fashion moins chers.

Mon style vestimentaire est radicalement différent de ce qu’il était il y a quelque temps, mais la démarche qui accompagne ce changement est très similaire à celle que j’ai souvent partagée sur le blog. La grande différence est qu’elle est mieux pensée, mieux structurée, et ce parce que mon style vestimentaire a un objectif précis. Alors je parlerai dans cet article des raisons de ce changement de style, mais aussi de la manière dont je m’y prends pour ne pas me perdre dans la surabondance.


1- Changer de style, tout un processus

Le style c’est l’homme, disait Buffon, et je suis entièrement d’accord avec lui. Le style est un reflet de l’identité, de la personnalité, mais aussi de là où on en est dans nos vies. La mode se base sur le style et non le contraire (ce que peu comprennent, d’ou la surabondance et les dépenses astronomiques).

J’ai été jusqu’à récemment la meuf qui a la même coiffure et qui traine en jeans et en t-shirt all year round. Ma mère m’a souvent élue la plus mal habillée de la famille et ma sœur a failli perdre ses yeux à force de les rouler vers le haut lorsqu’elle me voyait. Avant cette phase jean-t-shirt j’étais une fashionista, l’une des meufs à la mode du coin. J’étais jeune et j’avais un besoin viscéral de me démarquer pour me faire remarquer.

Mon style a gagné en sobriété au fur et à mesure que je travaillais sur ma personne et que j’étais plus en accord avec qui je suis. Mes vêtements ne me définissaient plus. Le besoin que j’avais était de donner la précellence à l’être plutôt qu’au paraitre. Je passais avant mes vêtements.

Aujourd’hui mes besoins sont différents, tout comme la manière dont je me perçois. J’évolue dans un milieu professionnel où l’apparence compte J’ai voulu me convaincre que j’aurais pu passer au-dessus, mais rencontrer un partenaire en costume alors qu’en face on a des jeans et des baskets… ça n’aide pas au travail et dans la vie quotidienne. Ce moment a coïncidé avec une période où j’avais envie de changement. J’avais longtemps donné la priorité à mon apparence physique, puis je m’étais focalisée sur ma personnalité, il était temps de mixer les deux, c’est-à-dire être moi, mais avec plus de… classe. Oui, c’est le mot. Classe.

Revenons au minimalisme. Changer de style c’est refaire sa garde-robe, c’est essayer des trucs, voir ce qui marche ou pas, dépenser. Je ne voulais pas dépenser pour des fringues qui finalement ne me plairaient pas, qui ne cadreraient pas avec ce que je veux sur le long terme où dont je me lasserais rapidement. La première étape a donc été de penser le style que je souhaitais adopter, de le définir, et ensuite de voir le type de vêtements qui cadrerait avec ma vision avant d’effectuer le moindre achat.

2- Visualiser clairement sa garde-robe avant de dépenser le moindre radis

Le premier critère pour ma nouvelle garde-robe a été l’accord avec qui je suis. L’idée n’est pas de reproduire des styles existants, mais de me créer un style propre à moi-même. Mes vêtements doivent être confortables en tout temps. Ensuite ils doivent être de très bonne qualité, qu’il s’agisse du tissu ou de la couture. Ils doivent avoir de l’allure. Ils doivent sortir de l’ordinaire afin de me donner un style propre à moi-même. Le dernier critère, mais pas le moins important, est qu’ils doivent être vraiment stylés (selon ma perception de la chose). L’idée derrière ce dernier critère est très simple : que je sois d’humeur à me pomponner ou non, je dois conserver une certaine classe. Si tous les vêtements accessibles ont de l’allure, il est difficile d’avoir des « mauvais jours », sauf si de vrais efforts sont fournis pour atteindre ce résultat.

Après avoir défini le style global, je me suis penchée sur le type de tissu qu’il me faudrait pour atteindre cet objectif. Le coton est le tissu que je préfère en raison de ses vertus (nettement moins d’allergie par rapport aux tissus synthétiques), et je souhaitais avoir des vêtements imprimés, mais pas le tissu pagne commun (if you know me you know me !). La réflexion s’est ensuite portée sur le type de vêtements qui mettrait mon style et les tissus choisis en valeur. Ma préférence est allée vers les boubous et les tenues confectionnées sur mesure. Les boubous sont confortables, facile à transporter et donc à ranger (ils sont toute une tenue à eux seuls), et ils ont de l’allure, surtout lorsqu’on sait jouer avec la manière de les accessoiriser (les réseaux sociaux ne servent pas qu’à savoir qui fait quoi de ses soirées, allons au-delà et utilisons-les comme de vrais moteurs de recherche). J’ai également trouvé des modèles de fringues qui iraient avec le type de tissu que je souhaitais porter (Pinterest in bae).

3- Acheter et/ou confectionner ses vêtements

La première étape a été de créer une base à ma garde-robe. Quels étaient les vêtements incontournables qui donneraient le ton au nouveau style ? La réponse à cette question m’a épargné bien des dépenses parce que je savais exactement où j’allais. Louper cette étape signifiait couler une bonne partie de mon processus, beaucoup acheter et donc beaucoup dépenser.

J’achetais généralement mes fringues en une fois. Je définissais un budget, j’allais au magasin et je m’accommodais de ce qu’il y avait en rayon. Pour ma nouvelle garde-robe j’ai fait les choses différemment : je définis un budget, un nombre de vêtements selon les catégories (surtout pour un début) et je n’achète que des coups de cœur. Si le vêtement ne me met pas en émoi je ne l’achète pas. N’oubliez pas, l’idée est d’avoir une garde-robe dont je profite pleinement. Je ne m’accommode plus de ce qu’il y a en rayon, je cure savamment les modèles des créateurs dont je porte les créations (il ne s’agit plus de prêt-à-porter, mais de créations), et je ne prends que ce qui fait chavirer mon cœur. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai associé les vêtements sur mesure à ceux de créateurs : si je ne trouve pas ce que je veux, je le crée.

J’allais dans les ventes privées, je suivais des créateurs sur Instagram, je visitais des boutiques de boubous où dont la vitrine collait avec ce que je recherchais. Je suis vraiment sortie de ma zone de confort au cours de ce processus, et je n’ai pas été déçue. Notez que créateur n’est pas forcément synonyme de prix astronomique. Il existe des créateurs qui proposent de formidables tenues selon les bourses. Ceux vers qui je me tourne sont ceux qui ne font pas les vêtements en série (style unique oblige) et qui privilégient le coton. Le choix n’était pas forcément pensé, mais il s’avère qu’ils sont tous Africains.

J’ai acheté des tissus de très bonne qualité (voyager pour le boulot est à présent synonyme d’escapade au marché pour dénicher des pépites locales) et je ne me suis pas précipitée pour les faire coudre. L’idée est de réussir dès le premier coup pour ne pas tomber dans le gaspillage alors, comme en amour, j’ai attendu « la bonne ». L’astuce ? Chercher une créatrice ou un créateur qui propose également comme service la couture de vos propres tissus et vos propres modèles. Vous pouvez juger son travail avant même qu’elle ne pose les yeux sur vos tissus.

Pour ce qui est des prix, j’ai défini un coût maximum pour chaque type de vêtement. J’achète principalement des boubous (le reste est cousu), donc je sais quel est mon seuil. Jusqu’ici je ne l’ai pas dépassé et je ne m’en suis rapprochée qu’une seule fois, et ce pour deux raisons précises : c’était pour une occasion chère à mon cœur, et le boubou est constitué de 2 pièces que je peux porter ensemble ou l’une sans l’autre. En gros j’ai acheté 2 fringues pour le prix d’une.

4- Tomber dans la folie de l’achat et l’accumulation de fringues… ou non !

Une fois lancée dans le processus de réflexion autour de ma garde-robe et que les choses commençaient à être plus ou moins claire, j’ai vidé mon armoire de tout ce qui ne cadrait pas avec ma nouvelle vision. Fringues, chaussures, sacs, accessoires, tout est parti. J’ai parlé précédemment du fait de démarrer par une base de vêtements, vider ses armoires facilite cette étape parce qu’on sait exactement ce qu’il nous manque vu qu’on n’a plus rien. La construction de la base est le moment où j’ai le plus dépensé d’un seul coup. Pour éviter que tout parte en vrille, j’ai défini le nombre de boubous qu’il me fallait et le nombre de tissus à faire coudre. J’ai également défini les catégories de fringues pour m’assurer de ne manquer de rien.

Une fois la base constituée, il est possible de souffler un petit peu financièrement puis de l’enrichir petit à petit. Un boubou par ci, un tissu acheté par là…, tout en définissant des budgets pour ne pas faire n’importe quoi sur le plan financier, mais aussi le nombre de vêtements achetés. L’idée est de ne pas acheter le vêtement seulement parce qu’il est beau. Il doit s’inscrire dans un tout et ne doit pas nécessiter l’achat de quelque chose d’autre pour pouvoir être porté. Voyez votre garde-robe comme une capsule où tous les éléments se complètent.

La patience est très importante dans ce processus. Comme je l’a dit, je n’achète que des coups de cœur. Je n’achète pas si j’ai un doute ou une hésitation. Il m’arrive souvent de retourner sur mes pas lorsque le vêtement finit par m’obséder et que j’en rêve la nuit. Je passe à autre chose si l’obsession n’atteint pas ce niveau. Si on se laisse gagner par l’impatience on veut tout tout de suite et on se retrouve avec des armoires inutilement pleines à craquer.

En parlant d’armoire pleine à craquer, mon unité de mesure est mon armoire. Elle n’est pas grande et ne doit pas être pleine. Si elle l’est, alors il est temps de la vider. L’autre unité de mesure est le fait de tomber sur un vêtement dont j’avais oublié l’existence. Autant cela me ravissait à l’époque, autant ça m’énerve aujourd’hui. Tous mes vêtements doivent être portés, sinon ils n’ont pas de place dans mon armoire.

5- Accessoiriser

J’ai attendu d’avoir acheté ma base de vêtements avant d’acheter la moindre paire de chaussures. Oui, j’ai porté la même paire de chaussures pratiquement tous les jours avant d’aller dans un magasin de chaussures. Pourquoi ? Parce qu’une paire de chaussures ça doit aller avec quelque chose, et l’acheter « dans le vide » s’est s’exposer à devoir acheter des vêtements qui iront avec. Les vêtements ont donné le ton, alors je savais exactement ce dont j’avais besoin : des chaussures au style peu commun (if you know me…) qui iraient avec ma capsule de fringues. La qualité prime toujours sur la quantité. Acheter des éléments de qualité moyenne ou médiocre c’est s’exposer à devoir les remplacer tout le temps et donc à dépenser des sommes astronomiques.

J’ai procédé autrement pour les sacs. J’ai acheté des sacs avant de me lancer dans l’achat de vêtements pour une raison simple : il est plus aisé de trouver des sacs passe-partout que des chaussures passe-partout. Je savais quels sacs je voulais, et je me suis retrouvée dans une situation où j’avais l’opportunité d’acheter des sacs de marque à moindre coût (nouvelle garde-robe n’est pas synonyme de compte en banque vidé, restons concentrés !).

En ce qui concerne les bijoux, je ne me ravitaille plus beaucoup dans les magasins. Ma première source d’achat ce sont les marchés artisanaux où les styles sont atypiques, la qualité du métal est pure, et on peut se faire confectionner des bijoux selon ses goûts. S’ils ne nous plaisent plus on les fait fondre et on en fait d’autres. En termes de rapport qualité prix je pense qu’on dépense moins parce que les coûts sont plus bas que dans les magasins et le bijou dure bien plus longtemps étant donné la pureté de la matière. La deuxième source d’achat est Instagram (comme pour les boubous) où des créateurs locaux exposent leurs merveilles. Je pense également mes bijoux avant de les acheter, selon le style qu’ils viendront compléter.

On n’en parle pas beaucoup mais les foulards sont des accessoires de qualité. Ils donnent un coup de peps à des tenues sobres ou simples. L’achat ou la couture de boubous signifie l’acquisition de foulards qui vont avec. Je ne les mets pas qu’avec les boubous, bien au contraire ! J’en use et j’en abuse ! Lorsque je fais coudre une tenue qui a plus d’une couleur, je demande généralement à avoir plus d’un foulard qui ira avec. Vous imaginez le nombre de variétés que j’ai tant pour les boubous que pour les autres tenues ?

6- Qu’en est-il des petites folies ?

C’est vrai que minimalisme et économies restent chers à mon cœur, mais je m’autorise de petites folies également : les parfums et les montres sont mon péché mignon. Une odeur complète une tenue, et une montre qui a de l’allure la rehausse. Je dois tout de même avouer que je reste raisonnable. J’ai défini un nombre pour chacun de ces deux éléments et je ne l’ai pas encore atteint, donc tout va bien.

La capsule est un tout, chaque élément doit y trouver une place. Rien n’est standalone comme je l’ai dit précédemment. Il est question de compléter l’existant, et non de se créer de nouveaux circuits de dépenses et d’acquisitions.


Alors, pour finir, est-ce que j’ai une pléthore de vêtements ? La réponse est non. J’ai appris à jouer avec, à les accessoiriser, à créer différents styles avec les mêmes tenues. Le fait que mes vêtements soient généralement uniques donne une impression de rareté qui laisse penser que j’en ai beaucoup.

Je pense avoir fait le tour. Je n’ai pas parlé des produits pour cheveux ou pour le corps parce qu’ils dépendent des besoins de chacun. J’ai des Sister locks dont l’entretien est très minimal, et je n’utilise pas plus de 5 produits pour le visage et pas plus de 4 pour le corps. Je vous en aurais dit plus si j’étais calée sur les questions autour de la beauté, mais…

J’applique le processus expliqué dans cet article pour chacun des éléments de mon intérieur, surtout lorsqu’il s’agit d’aménagement ou de décoration de ma maison : je définis, je visualise absolument tout dans son ensemble avant de me lancer. Je fais preuve de patience, et je fais des obsessions un atout (j’ai acheté récemment un banc que j’ai convoité pendant des mois !).

La méthode partagée dans cet article marche pour moi. Si elle vous parle vous pouvez l’adopter, mais aussi l’adapter à vos besoins. Pour ce qui est de ma garde-robe je n’ai eu qu’un seul loupé jusqu’ici (le tissu du boubou n’était pas du coton, je l’ai acheté sur internet), et pour ma maison je n’en ai eu aucun. Ce processus évite toute dispersion, mère de l’accumulation et de dépenses regrettées après coup.

Photo : Artem Beliaikin


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