Confessions d’une accro au travail…

par C. Befoune
6 commentaires
7 minutes

Bonjour, mon nom est Befoune, et je suis accro au travail.

J’ai eu du mal à me l’avouer, mais je pense que le moment est venu.

Je suis accro au travail.

Il est 7 h du matin et j’écris ces lignes d’un hôtel au Ghana. J’y suis arrivée hier nuit (ce ne sera plus « hier nuit » quand vous lirez ce texte) pour la première édition de Re:publica en Afrique. Bien que je sois dans un panel de discussion, j’avais la ferme intention de me reposer. Je l’ai dit plus d’une fois, les derniers mois ont été très chargés et j’avais décidé de profiter de cette fin d’année pour… vivre ma vie. Donc Re:publica, soleil et belle vie.

Sauf qu’une fois arrivée à l’hôtel, je me suis connectée à internet et j’ai lu mes mails. J’a accepté un contrat à 23 h, c’est-à-dire moins de 10h après m’être jurée de me reposer. Et ce matin je me suis réveillée avec le corps qui démangeait littéralement. Il me fallait travailler. Impérativement. Oubliée la grâce matinée, oublié le petit déjeuner au soleil. J’ai failli tout briser dans cette chambre parce que je ne trouvais pas le numéro de la réception pour demander le code du wifi pour connecter mon ordi à internet.

J’ai dû décolérer parce qu’aucune solution ne se profilait à l’horizon, si ce n’était celle de sortir de ma chambre et d’aller à la réception demander ce code. Sauf que sortir signifiait m’éloigner de mon ordinateur, potentiellement rencontrer des gens que je connais, discuter, perdre mon temps au resto à bavardailler autour du petit déjeuner, et au final soit perdre la motivation qui m’anime ce matin, soit perdre un temps précieux où j’aurais pu faire quelque chose de mon cerveau.

Alors j’ai décidé d’écrire cette confession, une tâche qui ne requiert pas de wifi. Oui, je suis accro au travail.

Je suis accro au travail, mais pas dans le sens « je suis accro à mon bureau ». Très loin de là. J’y passe aussi peu de temps que possible. C’est vraiment déprimant de travailler dans un bureau où on doit aller tous les jours (l’argent qui va avec est toutefois moins déprimant !). En réalité, je suis accro à « l’occupation intellectuelle ». Je ne trouve pas d’autre appellation. Lorsque je dis que je travaille, je ne suis pas forcément entrain de gagner de l’argent. Je peux écrire, comme ce matin. Je peux travailler pour faire avancer une de mes initiatives. Je peux acquérir des connaissances dans le but d’améliorer mes compétences dans l’un de mes domaines d’activités/d’intérêt. Travailler pour moi c’est tout ce qui me permet d’avancer dans une activité ou une autre, qu’elle soit rémunératrice ou non.

Cette définition est la raison pour laquelle ma compréhension du succès est différente de celle de beaucoup de gens. Avoir du succès ce n’est pas forcément être financièrement très riche ou être CEO d’une entreprise, qu’elle soit la nôtre ou non. Le succès ne veut en réalité rien dire dans ma réalité. Je suis satisfaite lorsque j’atteins mes objectifs. Sauf que l’atteinte d’un objectif conduit immédiatement à la matérialisation d’un autre. Je ne peux perdre de temps à jubiler sur une réalisation. Je me pose, je respire, je me dis « Je ne suis pas nulle après tout ! », puis je passe à autre chose. Les titres vrombissants ne m’intéressent pas. Le côté négatif est que je pense très souvent n’avoir rien réalisé, étant donné que j’avance sans regarder derrière, sans prendre acte de mes réussites. Le passé est passé, qu’il ait été rose ou non.

L’exercice le plus difficile pour moi est celui qui consiste à rédiger ma biographie. Ces courtes biographies qu’on vous demande pour vous présenter quand vous avez écrit un article pour un média ou quand vous participez à un événement ou une discussion sont ma bête noire. Je peux passer 3 jours à écrire 3 phrases. Littéralement. Les gens sont accros aux réalisations. Qu’as-tu fait ? Qui es-tu ? Épate-nous ! Sauf que je n’ai pas vraiment d’énergie pour ça. Ce que j’ai réalisé est passé, nul besoin de s’attarder dessus. Ce que je réalise en ce moment n’est pas terminé, nul besoin de frimer, la possibilité de se casser la gueule est toujours très présente. Alors pourquoi en parler ?

De cette inaptitude découle celle que j’ai à me présenter. Vous avez remarqué de quelle manière les gens se présentent ? Ils disent leur nom, leur pays, et leur occupation. Comme si leur vie se réduit à ça. Je faisais pareil jusqu’à ce que je réalise que c’était m’enfermer dans une boîte. Je suis et je fais bien plus que ces simples éléments. Une fois je me suis retrouvée à la pause-café d’une conférence entourée de « personnes importantes ». Elles se sont toutes présentées. Je n’avais aucune intention de le faire jusqu’à ce que la question me soit posée. Alors j’ai dit « Je suis Anne Marie ». Tout le monde attendait une suite. Anne Marie… et… J’ai répété « Je suis Anne Marie ». D’où je viens ne dit pas qui je suis. Encore moins ce que je fais. En sachant mon nom au moins, vous avez la possibilité de ne pas me héler quand vous me voyez passer. Ce serait très mal poli. Certains me diront que je perds des opportunités en agissant de la sorte. C’est possible. Mais je préfère perdre des opportunités en restant fidèle à mes convictions et en gagner d’autres grâce au résultat de mon travail.

Il y a des CEO très nuls. Mais le seul fait de décliner leur occupation fait briller les yeux des gens autour. On a de la valeur que si on a un poste important. Le reste n’est que… commun des mortels. Je suis certaine que lorsqu’Oprah se présente (je me demande bien dans quel contexte elle peut en avoir besoin…) elle ne se fatigue pas à ajouter « Winfrey ». Vous me direz qu’à ses débuts elle en avait certainement besoin, « pour des opportunités ». Je vous dirais que je m’en fous royalement. Ce qui m’intéresse ? Ses résultats parlent pour elle. C’est la seule chose qui compte. Les résultats.

Vous pouvez être CEO de ce que vous voulez, si vous n’avez rien fait d’impactant dans un domaine il est fort possible que je ne vous connaisse pas. Et je ne m’en porte pas plus mal. Ça marche dans les deux sens. Vous ne me connaissez pas ? C’est la vie ! Vous ne pouvez pas connaitre tout le monde. La vérité est qu’après la présentation de mon travail durant la conférence dont j’ai parlé (celle où il y avait des « gens importants ») la salle entière a applaudi, sans même savoir qui était derrière ce travail. Est-ce que le fait de m’être présentée comme la Grande royale aurait eu une importance à ce moment-là ? Je continue de penser que non.

Donc voilà. Je suis accro à un travail qu’au final je ne présente que très peu. Ce qui m’intéresse c’est la réalisation de choses utiles, l’adrénaline qui monte face à la difficulté, et le large sourire que j’ai lorsque je réalise enfin ce que je pensais être impossible.

Bon… J’ai faim. Il est temps pour moi d’aller prendre ce petit déjeuner. Et peut-être de bavardailler. Mon cerveau a produit ce texte, il est pleinement satisfait !

Photo : ma tronche au retour du Ghana. J’étais lessivée !

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6 commentaires

Carine Marcelle janvier 16, 2019 - 10:54

C’est toujours un plaisir de te lire, je me suis baladée entre les lignes de ton texte avec un très large sourire. Aucune indigestion, c’est très aéré😁. Je considère l’écriture comme un moyen de distraction, c’est à consommer sans modération.

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C. Befoune janvier 16, 2019 - 12:50

Merci Carine !

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Anne janvier 16, 2019 - 7:39

Je suis accro à ma maison. Je vais peut-être te tricher heinnn. J’étais accro au travail jusqu’à ce qu’arrive dans ma vie, une boule d’énergie et d’occupation appelée Kimia, et je suis devenue accro à une autre forme de travail, être mère. C’est quelque chose lol. Always a pleasure reading.

Reply
C. Befoune janvier 18, 2019 - 10:13

J’ai vraiment des questions à poser sur ce rôle de mère, et ce encore plus aujourd’hui. Non, je ne suis pas enceinte, lol. Je suis juste curieuse.

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sandra janvier 17, 2019 - 9:58

un point très remarquable et dont j’adhère sans retenue: « il y’a des CEO très nuls » mais qui ont vraiment la mise sauvée rien que par leur presentation;et ça moi je trouve ça lamentable et sans interet!!merci de le souligner vraiment

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C. Befoune janvier 18, 2019 - 10:11

Malheureusement il y en a, et beaucoup, Sandra.

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Commentaire

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