Pourquoi écrire va bien au-delà de l’écriture

par C. Befoune
5 commentaires
12 minutes

J’écris très peu sur la création de contenu, pourtant j’ai des choses à dire…

En ce moment se tiennent 2 sessions parallèles de l’atelier d’écriture de Digressions. Une session dure 8 semaines et nous en sommes à la semaine 4, donc en plein milieu de l’aventure. Le mot aventure ne s’applique pas aux participants uniquement, car cet atelier est une aventure pour moi aussi. Je décèle au fil des rencontres les difficultés fréquemment rencontrées par celles et ceux qui souhaitent écrire ou écrivent déjà. 

Cet article portera sur 4 points, 4 difficultés que je souhaite souligner. Je partagerai mes astuces pour les contourner. Je ne parlerai pas seulement d’écriture, mais de création de contenu dans un sens  général car qu’il s’agisse d’audio, de vidéo ou de texte, nombre de codes sont les mêmes. 


1- Écrire va bien au-delà de l’écriture

Certaines personnes tombent amoureuses des beaux mots. Elles ont lu des textes qui leur ont parlé et qui les ont marqués. Elles ont découvert des univers qui leur étaient inconnus et souhaitent à leur tour créer le leur. Ces personnes veulent apprendre à écrire pour elles aussi écrire de beaux textes. Sauf que ça ne va pas au-delà et elles se heurtent à un mur en béton : elles ne savent ni quoi dire, ni comment le dire. Elles se focalisent sur l’écriture et ne remarquent même pas cette grave lacune.

En classe de première ou de terminale nous avons étudié Germinal d’Emile Zola. Ce pan du programme a été l’occasion pour notre professeur de nous présenter 2 types de création de contenu opposés. A l’époque on ne parlait pas de création de contenu, il s’agissait uniquement de littérature. Ce professeur nous a parlé de l’art pour l’art et de l’art pour le progrès. Je dois avouer que je n’y ai pas compris grand-chose jusqu’à mes études de littérature et langue à l’université.

J’ai toujours été étonnée par l’art pour l’art. Ce style est celui des parnassiens (documentez-vous !) et repose sur les principes suivants : la valorisation de l’art poétique par la retenue, l’impersonnalité et le rejet de l’engagement social ou politique. En gros ? Il s’agit d’écrire pour la beauté de l’écriture, assembler des mots pour un mariage parfait sans se soucier de porter un message utile. Cet art est volontairement non engagé. Il ne sert… à rien.

Si vous me suivez depuis un moment vous savez mon obsession pour l’utile, raison pour laquelle l’atelier est intitulé Lire utile pour écrire utile et interagir utile. Oui, le mot utile revient 3 fois, c’est pour vous dire ! Je suis de l’école de l’art pour le progrès. J’aime le beau, je suis amoureuse du maniement quasi poétique de la langue, mais j’ai une sainte horreur de la vacuité. Je suis de ceux qui pensent que tout producteur de contenu a (ou devrait avoir ?) à cœur un changement positif pour son audience.

L’une des premières questions que je pose aux participants à l’atelier est la suivante : quel message souhaites-tu faire passer à travers ton écriture ? Non, pas à travers ton article, mais à travers ton écriture toute entière. Digressions par exemple porte un message très clair : l’affranchissement par la connaissance et la valorisation du soi. Ici, je déchaîne l’humain. Absolument tous mes textes vont dans ce sens, qu’il s’agisse de parentalité, de minimalisme, de gestion des finances personnelles ou encore de mes réflexions dans un sens large.

On n’écrit pas pour écrire. On écrit parce qu’on a quelque chose à dire. On apprend à écrire parce qu’on veut le dire de la meilleure manière qui soit. Trouver en soi le message qu’on souhaite porter au monde est un exercice difficile, surtout lorsqu’on s’est mis en tête de courir dans le même couloir qu’un créateur de contenu qu’on admire. Très souvent les nouveaux créateurs de contenu se lancent par mimétisme et finissent par créer un contenu aussi minable que misérable. Je tiens à soulever ici ce beau mariage des mots minable et misérable… pour faire passer un message ! Non à l’art pour l’art, tous avec moi !

Donc je disais… l’une de mes premières tâches au cours de l’atelier est, comme Socrate, de permettre au participant d’accoucher de ses idées. En quoi peut-il être utile à son lectorat, que souhaite-t-il lui dire qui lui permettra de progresser dans un des nombreux volets de sa vie ? Je dois avouer qu’à cette étape certains souhaitent jeter l’éponge. Oui, se rendre compte qu’écrire va bien au-delà d’écrire brise le cœur. Peu sont prêts à abattre le travail colossal qu’il faut abattre pour une écriture aussi attrayante qu’appréciée.

 

2- Savoir écrire de longs textes c’est savoir écrire de courts textes

Lorsque que j’ai commencé à écrire sur Medium en 2016 (l’ancêtre de Digressions), j’étais convaincue de ne pas être capable d’écrire des textes de plus de 800 mots. J’ai une sainte horreur du remplissage, et cette horreur a été cristallisée par mes professeurs à l’école de traduction : les mots inutiles étaient interdits. Nous étions tenus de dire ce que nous avions à dire en utilisant le moins de mots possibles. « La traduction est quelque chose qui permet de… » au lieu de « La traduction permet de… » et tu te rapproches dangereusement de la note 0.

Vous n’imaginez pas le nombre de mots, de phrases et parfois même de paragraphes supprimés ou d’exemples/d’illustrations sacrifiées parce qu’au final le texte garde tout son sens sans. Vous n’imaginez pas le nombre d’articles jamais publiés parce qu’au final le monde se porte mieux sans. Il ne s’agit pas seulement d’écrire parce qu’on aime bien pianoter sur le clavier ou qu’on aime bien avoir le mot blogueur dans ses bios Instagram, Facebook et Twitter. Il s’agit surtout d’écrire de manière limpide sans fatiguer le lecteur avec un remplissage barbant.

J’écris des textes de 5000 mots parce que ce que j’ai à dire ne peut être dit en moins de mots. Ce n’est pas un choix conscient fait à l’avance. C’est une nécessité imposée par le message et la manière dont je souhaite le faire passer. La maîtrise des textes courts est le premier pas vers la maîtrise des textes longs. Neil Gaiman qui est un auteur de livres que j’admire beaucoup a écrit une short story qui compte exactement 100 mots. Elle est complète. Cette short story intitulée Nicholas Was… est aussi touchante qu’inattendue. Elle remet en question notre perception de Noël, et ce en 100 mots. 

Il n’est pas toujours aisé de faire comprendre à certains participants que la longueur du texte est nettement moins importante que la complétude du message à faire passer. Digressions ne porte pas ce nom parce que je divague lorsque j’écris. Il ne s’agit pas d’aller dans tous les sens. Digressions porte ce nom parce que j’ai fait le choix conscient de sauter du coq à l’âne quand j’écris… du moins de le laisser paraître. Tout ce que je dis dans mes articles fait en réalité partie d’un ensemble structuré et harmonieux. Si je décide de comparer la terre à un carré c’est parce que je sais que je peux démontrer l’existence de similitudes.

 

3- La production du texte est la dernière phase du processus d’écriture

Aucun créateur de contenu n’est un génie. Qu’il s’agisse de textes, d’audio ou de vidéos, rien n’est le fruit de l’improvisation. Tout se joue avant la production du contenu. L’idée de l’article et les arguments qui l’étayeront ne vous viendront pas par magie une fois assis face à l’écran. Malheureusement de nombreux aspirants créateurs de contenus le croient fermement.

Il m’est possible aujourd’hui de décider du texte que j’écrirai une fois face à ma page blanche, de faire ce que beaucoup considèrerons comme de l’improvisation. Sauf que j’en suis loin. Le cerveau du créateur de contenu s’atrophie s’il n’est pas en perpétuelle réflexion. C’est un labyrinthe de comment et de pourquoi. Affiner sa capacité à s’observer et à observer son entourage et mener des réflexions parallèles sur divers sujets permet d’avoir toujours quelque chose à dire dans le domaine dans lequel on écrit. 

Il est impossible de vouloir écrire sur la santé sexuelle et vouloir créer des théories comme par magie une fois assis face au clavier. Rien ne vous viendra à l’esprit parce que… vous n’avez rien à dire. Vous n’avez pas réfléchi au sujet, vous n’avez pas observé les tendances et dynamiques, vous n’avez rien lu sur la question et vous voulez épater votre audience avec un contenu percutant sur la question. Bonne chance !

Je vous parlerai de Neil Gaiman une fois de plus. Il a publié le livre The Graveyard Book en 2008 dont l’intrigue se passe dans un cimetière. Le livre a été écrit en probablement 1 ou 2 ans. Le succès a été immédiat.  Gaiman avait 48 ans à la sortie de ce livre, pourtant il en a eu l’idée alors qu’il en avait 25. Pendant près de 25 ans il ne l’a pas écrit. Il a par contre visité plus de cents cimetières pour comprendre leur topographie et leurs particularités afin de créer un univers réel dans un cimetière. Et ceci n’est qu’une activité parmi tant d’autres pour donner vie à ce livre.

 

4- Savoir écrire ne signifie pas savoir bien écrire

Si vous arrivez à lire ce texte, alors vous savez certainement écrire. Vous vous êtes également aperçus des limites de votre écriture. Il vous arrive parfois de vouloir dire quelque chose, mais vous ne savez comment le formuler ou alors ce n’est pas assez clair. Alors vous vous dites que ceux que vous lisez souvent et qui y arrivent ont « un don inné pour l’écriture ».

LOL.

Comme la mécanique ou l’aéronautique l’écriture s’apprend, et je peux vous assurer que ce n’est pas toujours une partie de plaisir. Les participants à l’atelier peuvent vous le confirmer. L’écriture est pleine de règles et d’exceptions. Le plus beau ? Savoir bien écrire signifie maîtriser toutes ces règles et exceptions, les appliquer, mais aussi savoir les briser pour un effet stylistique. Oui, l’écriture est une science.

Les règles de grammaire et d’orthographe ont tendance à être mises de côtés une fois les dictées disparues. La ponctuation semble être une vue de l’esprit, alors on ne sait pas utiliser la virgule, le point ou le point d’exclamation pour une emphase nécessaire au texte. La majusculite et la minusculite ont conquis les esprits. La notion de paragraphe est floue. La conclusion c’est pour les cochons. Le gras et l’italique sont utilisés à tort et à travers. Les accents c’est pour les chiens. La conjugaison et la concordance des temps ? Je préfère éviter le sujet.

Je pense vous avoir dit au départ à quel courant littéraire j’appartiens. Beaucoup diront « A quoi bon ? Il s’agit d’écrire, pas d’être le neveu de Voltaire ! ». Sauf qu’en réalité il faut être le neveu de Voltaire, mais aussi le cousin de Victor Hugo. Et non, je ne parle pas de Mongo Beti ou John Nkemngong Nkengansong parce qu’eux aussi se sont inspirés de la littérature classique pour produire leurs textes.  

Savoir à quel courant j’appartiens me permet de savoir pourquoi je suis là, pourquoi j’écris. C’est ma boussole, elle m’aide à rester cohérente dans mes productions. Je n’écris pas pour ne rien à dire. Si je n’ai rien à dire je me tais. Je ne suis pas esclave d’un calendrier de production, le dernier article sur le blog date d’il y a près d’un mois. Je n’avais rien à dire, alors je me suis tue.


Je m’arrête là. Je ne peux vous livrer tous les secrets de l’atelier, il faut me payer pour un accès illimité à mon cerveau. J’espère tout de même que les 3 points abordés vous ouvriront des pistes de réflexion par rapport à  votre contenu. 

Photo : Retha Ferguson

 


PS : peu de gens le savent, mais il est possible de surligner des passages des articles, comme c’est le cas sur Medium. Ce serait bien d’utiliser cette fonctionnalité pour que je sache quelles sont les parties du texte qui ont retenu votre attention. Et puis, il faut bien que mon argent serve à quelque chose puisque j’ai payé pour cette fonctionnalité !


Digressions n’a aucun compte sur les réseaux sociaux, une situation qui n’est pas près de changer. Pour vous tenir informés des activités ici, abonnez-vous au blog, tout simplement. 

Je suis disponible par mail à l’adresse mesdigressions@gmail.com et sur Instagram à @c_befoune.

Retrouvez-moi également sur mon podcast Les Papotages de C. et rejoignez ma classe virtuelle  My Little Monde.

You may also like

5 commentaires

Manouchka août 4, 2020 - 3:36

Quel plaisir de te lire!
ça faisait longtemps.
Un article fort utile en effet, j’ai pu retenir pas mal de choses pour moi, qui sauront me servir pour la suite.
J’espère que tu vas bien!
Aussi, qu’as-tu contre l’art pour l’art? Parfois c’est ce que je voudrais savoir faire, créer des phrases, des mots, juste pour que ça soit joli, je trouve que c’est une belle manière de soigner l’âme et le cœur.
Aussi, je pense que les deux types d’art ont leur raison d’être.
Germinal à l’époque m’avait traumatisée lol je m’en souviens encore, nous nous en étions inspirés pour faire du boucan à l’école!
Lol.
A bientôt ma chère Befoune!

Reply
C. Befoune août 6, 2020 - 10:27

J’avoue que Germinal n’est pas adapté pour le secondaire. Franchement je n’ai rien compris tant à l’histoire qu’à la portée socio-politique du livre !

L’art pour l’art me donne le palu! Tu me connais !

Reply
Aicha août 6, 2020 - 12:38

Coucou Befoune !!!

J’ai adoré ton article. Très instructifs les conseils proférés. J’en prends bien notes.

Thanks and keep it up. Ciao !!!!!!!!

Reply
C. Befoune août 10, 2020 - 9:57

Merciiiiiiiiii

Reply
Déchaîner par digression : je ne m’arrête plus – Le Blog dune fille-mère septembre 6, 2020 - 10:04

[…] Voici ma plus grande torture au cours de l’atelier. Je vous préviens, écrire n’est pas une partie de plaisir à tous les coups, et l’atelier n’est nullement destiner à vous caresser dans le sens du poils. D’ailleurs Befoune vous l’explique mieux ici. […]

Reply

Commentaire

Des cookies sont servis mais ils ne sont pas à manger ! J'espère que ça ne pose pas de problème... Accept Read More

Add Comment
Loading...

Cancel
Viewing Highlight
Loading...
Highlight
Close