Oui, je me fiche de votre amitié !

par C. Befoune
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10 minutes

Il y a un ce mec que je dois voir depuis environ deux mois.

Nous nous sommes rencontrés sur internet.

Et non, ce n’est pas ce que vous croyez.

Il nous est impossible depuis deux mois de nous accorder sur une date, une heure, et un nombre d’heures approximatif pour nous voir. Chaque fois qu’il proposait un jour, je n’étais pas dans le pays, je n’étais pas libre ou je n’étais libre que pour quelques heures. Il ne veut pas me voir pour quelques heures uniquement. J’avais un jour de libre une fois, et je lui ai fait un message pour lui proposer cette date. Il m’a dit qu’il allait « y réfléchir ». La vérité est qu’il était vexé, mais nous y reviendrons plus tard.

Donc, il m’a dit qu’il allait « y réfléchir ». Sauf que lorsqu’il a refait surface quelques heures après pour me dire qu’il était « finalement d’accord », je n’étais plus libre. J’avais reçu un appel d’un ami avec qui j’ai les discussions les plus exquises, et il m’a proposé une rencontre. Souvenez-vous, j’avais un jour de libre. UN. Je le lui ai immédiatement proposé, et nous nous sommes vus ce jour-là. Un moment de qualité autour d’un excellent repas. Mais ce n’est pas le propos.

Ce mec dont je vous parle m’a dit une fois « Tu es trop occupée pour moi. » Il m’a également dit « Tu n’as jamais de temps. » Et il m’appelle « Madame la Ministre ». La seule personne qui m’appelle ainsi est Tchassa Kamga, et il le fait sur un ton très affectueux pour me rappeler mon activisme politique. De la bouche du mec en question, ça semble être une insulte. Le texte qui m’inspire cet article est A Glass of Work-Life Balance? For Me? de Tchassa Kamga. Je viens à peine de terminer la lecture et j’aurais surligné chacun des mots si ça avait été possible.

Dans cet article, l’auteur parle de la difficulté que c’est de faire accepter, mais surtout respecter son choix de vie lorsqu’on décide de se plonger à corps perdu dans le travail. En réalité non. C’est mal dit. J’aurais dû dire quand on vit sa vie comme on l’entend et qu’on fasse ce qui nous rend heureux, une situation exacerbée lorsque ce qui nous rend heureux c’est travailler sans relâche. Je me suis reconnue dans chacun des mots de l’article. Les reproches. Les incompréhensions. Les accusations.

La vie est faite de choix. Et de décisions. Ce que je veux c’est acquérir autant de connaissances que possible, me perfectionner dans mes domaines d’activité, et avoir des notions non négligeables dans des domaines parfois très éloignés des miens. J’investis l’énergie, le temps et l’argent qu’il faut pour y arriver. Je travaille beaucoup. Pas parce que je suis de ceux qui pensent qu’il faut souffrir pour avoir ce qu’on veut. Non. Parce que j’aime ça. C’est tout. J’adore ça. Je ne fais pratiquement que ça. Et j’adore.

J’apprends de tout et partout, et ça me rend heureuse. Même mes distractions sont calibrées. J’ai commencé à regarder un animé hier, Hinomaru Sumo, non seulement parce que j’aime la baston (oui oui !), mais surtout parce que je ne sais rien du sumo et que je souhaite en apprendre davantage. J’ai déjà appris hier que c’est plus qu’un sport, c’est un art de vie. J’ai également appris que pour un sumo l’échec n’a rien à voir avec la défaite lors d’un combat. L’échec survient lorsqu’on laisse l’adversaire terrasser non seulement notre corps, mais aussi notre mental. Je vous l’ai dit, c’est un art de vie.

J’ai bloqué une personne une fois parce que j’ai reçu ce message : « Je m’ennuie, je veux venir chez toi passer quelques heures. » À l’époque la tolérance n’était pas mon fort. C’était en 2011. Je n’avais pas encore conscience de la faim d’activités qui m’animait. Je n’admettais tout simplement pas d’être la solution à un ennui. J’aime à croire que je suis plus tolérante aujourd’hui, mais je ne comprends toujours pas la phrase « Je m’ennuie. » Pire encore, la réponse « Rien ! » à la question « Qu’est-ce que tu fais ? » Avec tout ce qu’il y a à faire en ce bas monde, tout ce qu’il y a à découvrir, comment on peut s’ennuyer et ne rien faire ? Je vous le dis très franchement, je me détache très rapidement de ce type de personnes. Sans aucun pincement au cœur.

Revenons au mec d’internet.

Ça faisait un moment que je ne m’étais pas retrouvée face à ce type de réaction/plaintes. Je les ai beaucoup vécues lorsque j’ai pris la décision consciente de mener des actions utiles pour moi, mais aussi pour ma communauté. J’ai écrit un texte sur Medium une fois qui m’a valu des critiques négatives très cinglantes : Travailler sans relâche pour réussir : l’envers du décor. J’avais à l’époque deux boulots full-time, un média citoyen à faire fonctionner et un blog sur Médium sur lequel j’écrivais absolument TOUS les soirs. Les réactions sur Twitter ont été… dures. L’euphémisme a lieu d’être.

Il n’était pas facile au début de faire passer le travail avant ma famille, mes amis, moi. C’était physiquement épuisant. Sauf qu’aujourd’hui c’est un style de vie dont je ne peux me détacher. Je culpabilise atrocement lorsque je me réveille après 5 heures du matin. Je m’auto-flagelle parce que je manque une session matinale de fitness. Je me plains à moi de moi si j’ai passé une journée sans écouter de podcast, sans lire, sans écrire, sans travailler. Pire si je ne compense pas avec une session de ménage ou de lessive ou de repassage. Je ne peux ne rien foutre… juste pour ne rien foutre.

Que je fasse au moins le ménage ! Que je passe du temps avec quelqu’un avec qui j’ai des discussions passionnantes, que je passe du temps avec mes héritiers, que je laisse ma sœur me traîner où elle veut… Mais que je fasse quelque chose d’utile pour moi, ou pour quelqu’un d’autre que moi !!!! Et si je passe une journée entière à regarder Chicago Med sous les couvertures, que j’en ressorte au moins avec une idée claire de ce qu’est une trachéotomie, de ce qu’une nurse n’a pas le droit de faire, de ce qu’un paramedics peut faire, ou de ce qu’est la maladie mentale appelée folie-à-deux !!!!!

Ce mec me ramène des années en arrière. Il me rappelle les incompréhensions auxquelles je me suis heurtée, mais aussi les personnes que j’ai perdues. Perdues n’est pas le mot. Disons qu’elles ne font plus partie de mon cercle. Si je dis perdues, alors ça signifie qu’il y a un manque, un regret, une nostalgie. J’ai passé ce cap. J’ai documenté un des épisodes qui m’a le plus touchée à l’époque dans cet article sur Medium : Life Lessons We Learn and Forget Along The Way.

Il a été difficile pour moi de passer d’Anne Marie à Befoune. Non, ce n’est pas la même personne. Et non, je ne souffre pas d’un dédoublement de la personnalité. Anne Marie était assez insouciante et laissait la vie et les gens décider pour elle. Befoune est différente. Elle se fiche de l’avis du monde, est profondément égoïste et se focalise sur ce qu’elle et elle seule définit comme important, ce qui a conduit à une cassure familiale et sociale. « Tu n’as plus de temps pour nous. » « On ne peut plus compter sur toi. » « Tu n’es jamais là. » « Tu n’es plus la même. » Ça n’a pas été facile.

Ma culpabilité est décédée le jour où j’ai réalisé que toutes ces plaintes n’avaient rien à voir avec moi. Aucune de ces personnes ne se souciait de moi. Ce qui comptait était ce que j’étais pour elles. Une personne avec qui faire des commérages. Une personne avec qui sortir tard le soir. Une personne disponible à tout moment pour une soirée en boîte. Une personne avec qui tuer l’ennui. Une personne disponible pour effectuer des tâches qu’elles ne voulaient pas faire. Personne ne s’est soucié de la raison pour laquelle j’avais changé. Personne ne m’a demandé « Que vises-tu ? Pourquoi ce changement ? Que s’est-il passé ? Comment peut-on t’aider ? ». Non, j’avais droit à des « La vie ce n’est pas que le travail ! », des « Tu es une femme, ce n’est pas une vie pour toi ! », et des « Tu mourras seule ! ». Ils projetaient leurs limites sur moi. Et j’en ai beaucoup souffert

Aujourd’hui les choses ont bien changé. J’ai su imposer mes choix à défaut de les faire comprendre. Et, surtout, mon cercle n’est quasiment plus le même. Quelqu’un m’a demandé une fois si j’ai des amis. Oui, j’en ai. Ce sont des personnes qui comprennent la valeur du temps et que je vois sur rendez-vous. Ce sont des personnes qui ne se soucient pas de commérages. Ce sont des personnes qui comprennent la blague lorsque dans un film on demande à une personne si elle parle russe et elle répond Tchaïkovsky. Ce sont des personnes qui me recommandent des livres. Des personnes qui brainstorment avec moi sur leurs projets ou sur les miens. Ce sont des personnes qui font des captures d’écran de mes textes pour me signaler des erreurs. Oui, j’ai des amis. Ça peut sembler froid, mais ils ne me sont pas inutiles. Je ne les choisis pas. Je pense que nos attentes des relations amicales sont les mêmes, alors nous nous comprenons.

Le mec dont je vous ai parlé au début entrera difficilement dans mon cercle. Il semble avoir beaucoup trop de temps libre que je dois aider à combler. Il se plaint beaucoup de choses qui me semblent évidentes, à moi où à mon cercle. Je ne m’offusque pas d’un message resté sans réponse. Je ne m’offusque pas d’un appel non décroché ou non rendu. Je ne m’offusque pas d’un passage dans la ville où je suis sans aucune visite. Non. Ça ne me pose aucun problème. Pourquoi ? Parce que les gens sont occupés. Parce que passer du temps avec moi n’est pas une priorité. Parce que les gens ont des choses à faire. Parce que je respecte le temps de chacun. Parce que me plaindre ou harceler me perd du temps et de l’énergie. Les gens sont occupés. Tout comme je suis occupée. Ceux qui ne le sont pas peuvent traîner avec des gens comme eux, qui « s’ennuient » et qui ne font « rien ».

Est-ce le meilleur style de vie ? Ce n’est pas ce qui compte. La question aurait dû être « Est-ce le meilleur style de vie pour moi ? » La réponse est oui. Le reste ne m’affecte pas. Je vous l’ai dit, le temps de la culpabilité est passé depuis longtemps.

Photo : une capture d’écran du film Love Jones, un classique des années 90. Si vous ne l’avez jamais vu, vous savez ce qu’il vous reste à faire ! Et non, ça n’a rien à voir avec cet article. Il s’agit uniquement de votre culture cinématographique.


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8 commentaires

Fanny janvier 30, 2019 - 3:03

A lire ce texte, tu as dû l’écrire d’un coup et sur le coup de l’émotion.
Je me laisse un peu de temps avant d’écrire et surtout je vais lire l’article de Tchassa mdr.

Reply
Fanny janvier 30, 2019 - 4:03

A lire ce texte, tu as dû l’écrire d’un coup et sur le coup de l’émotion. Cela n’enlève rien à la belle écriture et que tout soit fondé. C’est juste une impression mdr.
Je me laisse un peu de temps avant d’écrire et surtout je vais lire l’article de Tchassa mdr.

Bon j’ai lu l’article et repondu mdr, dommage qu’il arrête d’écrire pendant un mois.

Nous avons le droit d’être qui nous voulons être. La seule limite que je vois est lorsque certaines des choses que nous voulons ne peuvent être fourni que par d’autres. Amour, affection, amitiés. Nous avons donc Un choix à faire soit faire des compromis, soit s’en aller.
Le problème se pose quand nous voulons être compris et accepté et ne pas faire de compromis. Been there, seen there.
Et à un moment on arrive à la question moi ou vous. Et parfois c’est le vous qui gagne. Oui nous choisissons de casser certaines de nos sacro-saintes routines pour ce RDV, cette amitié, cet amour. Qui parfois nous remplis autant que l’heure d’écriture de podcast ou de manga. De mon point de vue choisir l’autre c’est toujours se choisir car dans les 2 cas nous choisissons ce qui nous convient le mieux, que nousnous l’avouons ou pas. Nous n’aimons pas les autres pour eux.

Dire je m’ennuie, ne signifie pas forcement qu’on ne peut rien trouver à faire, mais que nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons vraiment faire. Discuter avec un ami. Faire le vide en allant au ciné. Parfois l’ennuie que nous ressentons n’est rien d’autre que de la solitude. Et dans ce cas voulons nous aider l’autre à combler ce manque ? En vaut-il la peine ?
Je m’arrête là pour aujourd’hui mdr.

Reply
C. Befoune janvier 30, 2019 - 7:14

Commençons par l’émotion. Je ne suis pas de ceux qui écrivent des choses qu’ils regrettent plus tard. Non, je n’écris plus sous le coup de l’émotion. J’ai traversé cette phase. Oui, je refuse d’être une solution à l’ennui. Oui, je pense qu’il faut savoir apprécier sa propre compagnie, ce n’est que de cette manière celle des autres devient un ajout positif, et non un élément dont on dépend. Tu l’as dit, chacun choisit ce qui lui convient le mieux. En ce qui me concerne, c’est exactement ce que j’ai écrit qui me convient le mieux pour le moment.

Amour, affection et amitié ont leur importance dans une vie, tout comme le côté sain des relations. Je l’ai dit plus d’une fois, « sain » est ce qui caractérise ma réflexion, surtout depuis ma dernière dépression. Je n’oblige personne à rien, ceux qui résolvent leur ennui de la manière présentée dans le texte en ont le droit. Tout comme je ne m’oblige pas, parce que c’est l’usage, à traîner avec du monde pour aller mieux. Non. Niet. Nein. Jamais. Ndem.

Reply
Rabia février 1, 2019 - 8:10

Deuxième relecture . En plus du renvoi des autres articles dans l’article. J’ai adoré cet article ! Merci Anne Marie pour ces joyaux.

Reply
C. Befoune février 2, 2019 - 3:29

Merci à toi pour ton soutien, Rabia.

Reply
Leyopar février 4, 2019 - 8:16

Ça peut sembler froid, mais ils ne me sont pas inutiles.

le goût de la phrase ci

Reply
C. Befoune février 4, 2019 - 9:10

Toi même tu sais !

Reply
Anna K avril 26, 2019 - 11:48

J’ai lu mais je n’ai pas commenté je ne sais plus pourquoi. Tout ça pou dire 100% true. Voilà net net

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Commentaire

Des cookies sont servis mais ils ne sont pas à manger ! J'espère que ça ne pose pas de problème... Accept Read More

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