Souriez pour le « Instagram Moment » !

par C. Befoune
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Le blog est enfin de retour !

Beaucoup d’entre vous m’ont demandé ce qu’est « exactement » la newsletter Par C. Befoune et ce sur quoi elle porte. Ce premier article après des mois de silence sur le blog répond à cette question.

J’ai souvent reçu des remarques des consommateurs du contenu que je crée sur le fait qu’ils n’aient aucun moyen de me remercier ou de m’accompagner dans la création de ce contenu. J’ai longuement réfléchi à la question (et farouchement bataillé avec le syndrome de l’imposteur) afin de trouver une solution. Le contenu que je crée repose principalement sur ma capacité à m’éduquer à travers le contenu que je consomme, notamment les livres. La solution à laquelle je suis arrivée est la possibilité pour ceux qui le souhaitent de sponsoriser l’achat de livres.

Mon Buy Me a Book a été crée sur le site Buy Me a Coffee dans cet objectif. Il est possible à présent pour toute personne qui le souhaite de sponsoriser l’achat d’autant de livres qu’elle le souhaite, et ce autant de fois qu’elle le souhaite.

Ma réflexion ne s’est pas arrêtée là. Ma reconnaissance pour ceux qui m’ont acheté des livres était sans borne, alors j’ai voulu les remercier pour leur geste. Je pensais depuis un moment déjà à me relancer dans le partage de mes réflexions politiques et sociales, alors Par C. Befoune a été créée pour donner la possibilité à ceux qui me soutiennent financièrement d’accéder à ce type de contenu.

Comment ça se passe ? Lorsque vous sponsorisez l’achat d’un ou de nombreux livres, l’option vous est proposée de vous abonner à la newsletter. Vous avez la possibilité d’accepter ou de refuser, ma reconnaissance pour votre geste n’est en rien entamée par votre choix.

Je ne voulais pas d’un contenu lourd et peu digeste, alors j’ai œuvré pour que le contenu de la newsletter soit fun. Le thème central est l’influence de la pop culture sur l’environnement socio-politique. On y parle de Davido et de son rôle (ou absence de rôle) dans les manifestations #EndSARS au Nigeria, de la raison pour laquelle beaucoup continuent de penser que la Terre est plate, de l’influence sociale d’un Superman bisexuel ou encore des véritables origines de l’expression tiers-monde. La newsletter est partagée tous les mercredis depuis quelques mois déjà.

Afin que vous ayez une meilleure visualisation de ce qui se passe dans cet espace, je partage avec vous la toute première parution de la newsletter pour l’année 2022. Le sujet ? Les réseaux sociaux et le tourisme en zone défavorisée.

Vous trouverez ci-après le texte complet de cette parution de la newsletter. Si vous souhaitez vous y abonner, vous savez (si vous avez lu le texte jusqu’ici) quelle est la marche à suivre. Si vous avez quand même des doutes, alors cliquez ici pour sponsoriser l’achat de livres et bénéficier de la possibilité de vous inscrire à la newsletter.


Souriez pour le « Instagram Moment »

J’aurai 36 ans dans quelques mois et pour la première fois de ma vie d’adulte j’ai pris des vacances. Pourquoi était-ce la première fois ? Parce que consciemment ou non je n’ai jamais su que c’était possible, mais ceci est un sujet nettement plus adapté au blog, n’est-ce pas ?

Mon chéri, mon Bébé Caramel (oui, le petit humain a officiellement changé de nom, il n’est plus si petit que ça !) et moi-même avons fait nos valises et avons décidé de nous rendre au Bénin non pas comme dans un pays que nous connaissons déjà (vous-ai-je jamais dit que ma mère était originaire de ce pays ? Je pense en avoir parlé dans cet article), mais plutôt comme des touristes.

Le Bénin est beau. Juste magnifique. Nous avons retracé le chemin des esclaves à Ouidah, et j’ai marché sur les plus belles plages qu’il m’ait été donné de voir à Grand Popo. La couleur du sable. Celle de l’eau. Leur effet sur la peau du petit humain (ce qui lui a valu son nouveau nom officiel, Bébé Caramel). J’ai visité la ville lacustre de Ganvié, et vu des gens vivre sur l’eau et faire des siestes dans des pirogues. Tout semblait sortir d’un récit de voyages. Si j’écrivais des livres de fiction je pense que j’aurais pu en faire la scène d’une histoire poignante.

L’un des aspects du tourisme occulté par le désir compréhensible de ne voir/parler que des beautés expérimentées est l’extrême pauvreté des populations et l’effet des va-et-vient de parfaits étrangers sur leur quotidien. J’ai vu durant mes vacances beaucoup de beauté, mais aussi beaucoup de pauvreté et une grande méfiance (et parfois de l’hostilité) de la part des locaux.

Les pêcheurs m’ont beaucoup marquée lors de mon passage au Bénin. On y trouve de nombreuses plages, et donc la pêche est courante. Les voir ensemble tirer leur filet hors de l’eau, chantant pour égayer le moment, m’a fait penser à toutes ces jolies photos sur les réseaux sociaux. L’harmonie des couleurs entre le sable quasi blanc, l’eau bleue et les tons gais des pagnes et shorts des pêcheur ne peut être qu’un délice pour les yeux.

Ce qu’on ne voit pas ? La longueur et la lourdeur des filets qui sont parfois péniblement portés jusqu’à l’eau par plus d’une dizaine de personnes. Les pêcheurs sur la plage qui tirent ces filets sur des kilomètres pendant des heures, blessant leurs paumes de mains au contact rugueux des cordes. Les pêcheurs dans l’eau qui y restent très longtemps pour orienter ceux sur la plage dans leur travail. Les chansons qui, au-delà de leur aspect romanesque, permettent de se donner du courage collectivement pour ne pas lâcher prise. Les kilogrammes de déchets pris dans les filets qui pèsent parfois plus lourd que la prise de poissons.

Ceci m’a ramené au jour de mon anniversaire en 2019. Je me suis rendue sur le lac rose au Sénégal, un endroit considéré comme incontournable lorsqu’on visite le pays. L’eau y est très calme et il n’y a quasiment pas de bruit autour du lac. On entend le silence lorsqu’on est sur l’eau. J’ai pris ce jour-là une photo très instagrammable d’un monsieur qui sortait du sel de l’eau. Il travaillait calmement, sans se soucier de ce qui se passait autour de lui.

Lorsque nous sommes retournés sur la berge, j’ai demandé des détails à propos de l’activité du monsieur à notre guide. Il m’a expliqué que les extracteurs de sel passent en moyenne 8 heures dans l’eau (elle leur arrive à la taille). Ils ne peuvent travailler plus de 2 ou 3 jours d’affilée parce que le sel dans l’eau, dont la teneur est très importante, leur ronge la peau. Au bout de cette activité pénible, un sac de sel de plus d’une dizaine de kilos est vendu à moins de 10 mille francs CFA.

La photo que j’ai prise reste belle, tout comme les autres photos prises par les millions de touriste à travers le monde, mais elle participe au fait de romancer la pauvreté et la misère. C’est beau, alors consciemment ou inconsciemment on enregistre que c’est bien, que ça ne doit pas changer pour ne pas dénaturer les paysages. Je me souviens d’avoir posé la question de savoir « Où sont les poteaux électriques ? » alors que nous traversions un village. Il n’y en avait pas.

Le ciel était bleu, beau, pas du tout encombré si ce n’était par les feuilles de cocotiers qui le paraient, suppliant quasiment les clics d’appareil photo de se faire entendre. L’autre de face de la médaille ? Des populations qui vivent sans électricité et donc sans la résolution de problèmes basiques dont nous avons oublié l’existence comme voir clairement dans la nuit ou encore conserver les aliments pendant des mois. Le livre L’invention du colonialisme vert de Guillaume Blanc vous apportera un monde d’informations sur ces questions.

J’ai évoqué précédemment l’hostilité des populations vivant dans les lieux touristiques et l’impact des va-et-vient sur leur quotidien. Dans le livre Le meilleur des mondes, Aldous Huxley présente une réalité dystopique. Il imagine le pire qui aurait pu arriver dans l’évolution des humains, et donc dans leurs pratiques et art de vie. Il imagine des réserves où seraient « parqués » des communautés « peu évoluées », en marge de la « civilisation » qui feraient office d’attraction pour les gens « évolués ». Nous semblons être en plein dedans.

Ce n’est certainement pas facile pour les autochtones de se faire rappeler au quotidien leur état de pauvreté par des gens qui arrivent avec les derniers gadgets à la mode et les prennent en photo très souvent sans leur permission parce qu’ils semblent être là pour ça, pour être regardés souvent comme des bêtes de foire. Beaucoup sont aujourd’hui hostiles aux appareils photos, même quand ils ne sont pas la cible de l’objectif. De nombreux guides recommandent de ne pas se balader avec des appareils photos autour du cou lors des visites, et d’éviter de filmer les gens sans leur accord.

Mon propos ici n’est pas de ne plus faire de tourisme. Je n’en suis moi-même qu’au début et je ne compte pas m’arrêter là. Je m’adresse particulièrement aux férus des réseaux sociaux : un moment Instagram ne vaut pas une inconsidération envers les populations des lieux visités. La beauté d’une photo n’équivaut pas à la beauté d’une situation. Les applaudissements des abonnés en raison de votre activité de travel blogger ou même seulement de créateur de contenu ne vaut pas le fait de ne plus pouvoir voir par vos propres yeux, mais uniquement à travers un objectif. Profitez de vos moments, créez des souvenirs pour vous d’abord avant de penser à immortaliser pour des likes.

Les réseaux sociaux font aujourd’hui entièrement partie de notre culture et représentent parfois toute une vie pour certain (volet social et/ou professionnel). C’est joli, c’est sympa, mais gardons à l’esprit l’impact profondément négatif qu’ils peuvent avoir à travers nos agissements sur nous en tant que personne et sur nos communautés, et donc sur nos sociétés. Etant donné que le thème central de cette newsletter est l’impact de la pop culture (ou culture populaire) sur les développements socio-politiques, je n’ai pu m’empêcher de partager cela avec vous. Par ailleurs, le sujet est propice à un retour de vacances.

Bon retour dans cet espace qui est le nôtre et à mercredi prochain !


La newsletter est de retour comme promis, et je suis ravie de vous retrouver après ce moment de repos. J’espère que vous en avez profité autant que moi. Cette première édition de la newsletter pour l’année 2022 sera également publiée sur le blog afin que tous ceux qui posent des questions sur le type de sujets abordés dans cet espace ait un (très bref) aperçu de ce dont nous discutons ici. Les suspicions de complot seront enfin apaisées ! J’espère que cela ne vous posera pas de problème.


Je reste reconnaissante de votre soutien via mon Buy Me a Coffee et vous rappelle que mon contenu repose sur ma capacité à m’éduquer à travers l’acquisition de livres. Si la qualité de mon contenu vous ravit toujours autant et si vous souhaitez continuer de le faire vivre, il vous est possible de sponsoriser l’achat d’encore plus de livres en cliquant ici !


Photo : Thomas Malik

Digressions n’a aucun compte sur les réseaux sociaux, une situation qui n’est pas près de changer. Pour vous tenir informés des activités ici, abonnez-vous au blog et au podcast qui y est associé, Les Papotages de C, disponible sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts.

Je suis disponible par mail à l’adresse mesdigressions@gmail.com.

Les livres et l’acquisition de connaissances pour une meilleure compréhension du soi et des dynamiques sociales dans leur ensemble sont la base de tout contenu que je produis. Si la consommation de mon contenu t’a été utile de quelque manière que ce soit, alors soutiens mon travail et sponsorise l’achat de livres.

Pour te remercier de ton soutien, je t’offre un accès à un contenu exclusif via ma newsletter Par C. Befoune dont le thème central est l’influence de la pop culture sur notre environnement socio-politique. Le contenu aussi fun que léger est pensé et produit pour aller encore plus loin dans la réflexion sur le soi, mais aussi et surtout sur les enjeux sociaux, économiques et politiques de l’environnement dans lequel nous evoluons.

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