Non, je ne suis pas femme.

8 minutes

Je ne tire aucune fierté du fait d’être une femme.

Je n’en suis pas malheureuse non plus.

En réalité je m’en fous.

Avoir un vagin, des règles et des seins ne font pas de moi un être à part, qui réclame considération ou attention. Je suis moi et ça me suffit. Je suis humaine, et c’est la seule entité par laquelle je me définis. Humain. L’espèce à laquelle j’appartiens. Le fait d’être femme n’affecte en rien mes combats. Je ne suis pas féministe. Je ne me bats pas pour les droits des femmes, je me bats pour les droits humains. Toute personne appartenant au genre humain doit jouir des droits humains. Ma logique ne va pas au-delà de cette dernière phrase.

Je me fâche lorsqu’on me “traite” de féministe. Fem. Femme. Je refuse d’être réduite à quoi que ce soit. Même pas à un métier. J’ai étudié la traduction. Je la pratique. Je gagne de l’argent grâce à cette activité. Mais également grâce à mille autres aussi éloignées les unes que les autres. Mon compte LinkedIn est un vrai casse-tête. J’ai du mal à le mettre à jour, tellement les activités pratiquées n’ont très souvent aucun lien. Comment expliquer que je suis traductrice, mais j’ai créé un média plus ou moins célèbre et je coordonne une formation en engagement citoyen qui regroupe tous les pays francophones et lusophones d’Afrique ? Où est la logique dans tout ceci si on se demande quel est mon plan de carrière ?

Je n’ai pas de plan de carrière. Parce qu’en réalité je m’en fous. Je ne veux pas être la plus grande ci ou la moins grande ça. Je veux faire ce qui me plait au moment ou ça me plait. Et gagner de l’argent. N’est ce pas assez comme plan ? En faut-il plus que ça ? Il ne m’en faut pas plus en réalité. Par contre j’ai besoin d’argent pour payer mon loyer, vivre, etc, etc, etc. Ça par contre je ne le perds plus de vue. Je l’ai fait une fois. Et j’ai vécu une des plus belles années de ma vie. Fauchée et heureuse. J’étais jeune et insouciante.

Il m’est souvent demandé pourquoi je ne me perçois pas comme une femme. La réponse est très simple. Pourquoi “femme” devrait être mon identité quand “moi” est bien assez ? Pourquoi limiter mes rêves et mes ambitions parce qu’une femme ne peut pas et une femme ne doit pas ? Pourquoi aider le monde à me réduire à une frange de la population ? Pourquoi devrais-je être ce que je ne veux pas être ?

D’un autre côté je ne veux pas être un homme. Je n’en ai jamais été un et je ne sais pas ce que ça signifie d’en être un. Je n’ai même jamais cherché à savoir ce que ça signifie. Ce qui m’intéresse moi, ce sont les gens dans leur ensemble. Je ne rencontre pas des hommes ou des femmes, je rencontre des personnes. Nos cerveaux se connectent si on s’entend bien, et des amitiés naissent ou meurent. Ça ne va pas au-delà. Je ne connais pas d’homme ou de femme, je connais des humains. La façon dont ils se perçoivent ne me concerne pas. Je me limite à ce que j’ai besoin de savoir : leur cerveau est plein de choses qui m’intéressent ou non.

Peut-être ne suis-je pas une femme à mes yeux parce que je n’ai jamais vécu de “souffrance” de femmes. Il ne m’a pas été interdit d’aller à l’école parce que j’ai des seins. Je n’ai pas été mariée de force pour ne pas me dévergonder. Je n’ai pas été excisée pour ne pas avoir une libido trop élevée ou pour toute autre raison que ce soit. Je n’ai jamais été harcelée. Il ne m’a jamais été proposé de “promotion canapé”. Est-ce que ça me rend insensible aux “problèmes de femmes” ? Oui, je dois l’avouer. Très souvent je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi, au risque de reproduire ce dont on se plaint, on se regroupe contre l’autre. Je ne comprends pas, pas parce que le combat n’est pas légitime, mais parce que je ne me sens pas forcément concernée à titre individuel.

Par contre je suis consciente de mes faiblesses de femme. Oui, c’est paradoxal. La vie de l’humain, depuis la nuit des temps, est paradoxale. Lisez Sapiens de Yuval Noah Harari et vous le comprendrez. Vous irez même plus loin, vous l’accepterez.

Je suis entière quand j’aime. Je ne sais pas “jouer sur deux tableaux”, quelle que soit la situation. Et oui, c’est un problème car on est très souvent prise pour une cruche. Comme toute femme, je me protège. Je ne me laisse pas “voir”. J’évite de susciter du désir. Je trouve malsain la lueur dans certains yeux que je sens me transpercer. Je ne m’attarde pas dans les rues le soir. Je baisse la tête et j’accélère le pas quand je rencontre un groupe d’hommes sur mon chemin. Je ne marche pas torse nu. Mon torse semble plus “tabou” que celui des hommes. Je n’ouvre jamais ma porte, en particulier dans les chambres d’hôtel. Je me barricade littéralement dans ma maison. Je n’ai pas assez de force physique pour me défendre, alors j’évite d’avoir à le faire.

Pourtant je n’ai aucun rêve “en tant que femme”. Je n’ai aucune aspiration “en tant que femme”. Je n’ai aucune attente “en tant que femme”. Mes rêves, aspirations et attentes ne sont pas limités ou ne s’inscrivent pas dans une case précise parce que mon entrejambe n’est pas saillant. Je n’ai jamais compris cette façon de voir les choses. C’est peut-être une tare, et si c’est le cas, c’est la mienne et je l’assume.

Je me suis sentie proche de l’écrivain Akwaeke Emezi (en photo) lorsque j’ai lu son histoire. Elle ne se sent ni homme, ni femme. Pour ne plus appartenir à aucune catégorie et pour n’avoir aucune chance de se reproduire, elle s’est fait enlever l’utérus. Elle ne se sentait pas en phase avec cette partie de son anatomie. Elle ne se vêt pas comme un homme. Mais elle ne se sent pas femme. Elle se maquille et porte des cheveux longs, mais ça ne fait pas d’elle une femme. Ca fait d’elle une personne qui aime se maquiller parce que c’est joli et fun. Tout simplement. Ses textes rendent parfaitement ce sentiment et le rejet qui va avec, tout comme son premier livre, Freshwater. Je vous recommande vivement Who Is Like God si vous avez l’esprit ouvert. Je vous recommande également ce texte qui raconte son passage sur la table d’opération et les raisons pour lesquelles elle a sauté le pas. Si vous n’avez pas l’esprit ouvert, vous jugerez inutilement et épuiserez vos nerfs, donc ne vous fatiguez pas à cliquer sur ces trois liens.

Et non, je ne compte pas me faire enlever l’utérus ! L’objectif de ce précédent paragraphe est de vous montrer qu’il n’est pas rare de ne pas se définir comme homme ou femme, mais comme personne, et c’est tout.

Alors oui, je me fous complètement d’être une femme. Et je ne veux pas être une homme. Je connais mon corps. J’y suis habituée. Je sais ce qu’il aime et ce qu’il déteste. Je sais comment prendre soin de lui et lui faire plaisir. Car il ne s’agit que de ça. Un corps. Une enveloppe. Comme un T-shirt qu’il nous est impossible d’enlever et par lequel on laisse le monde nous définir. Lui c’est T-shirt bleu. Elle c’est T-shirt rose. Je ne suis pas T-shirt. Je ne suis pas corps. Je suis Befoune. Mes parents m’ont donné un nom. Plusieurs même. Je ne dirais pas qu’ils se sont cassés la tête pour le faire, mais ils ont pris le temps de le faire. Et pour leur faire honneur, je ne me laisserai pas appeler différemment. Je suis Befoune. C’est mon nom. C’est qui je suis. Et ça ne va pas au-delà de ça.

PS: merci à ceux qui sont venus discuter sur Instagram suite à mon dernier texte sur le minimalisme. C’était vraiment fun de vous parler, revenez quand vous voulez. Ma messagerie est ouverte H24.

Photo : Scroll In

Hello mon nom est Befoune… et je suis Befoune. Partagez pour cette histoire si vous l’avez aimée. Partagez-la quand même si ce n’est pas le cas. J’ai besoin d’encouragements. Vraiment.

6 comments
  1. Très beau article comme d’habitude. C’est fou comme les gens nous définissent à travers le genre ou l’âge. Être simplement soi même est la solution comme tu dis 😊

  2. J’ai pris du plaisir à lire cette digression, c’est top. C’est un sujet sensible sur lequel chacun donne son avis,là je ne partage pas votre avis,carrément. Subjectivement c’est super de penser comme vous le faites car en celà vous vous sentez libre,mais objectivement,quand on prend en compte d’autres paramètres comme la société auquèl l’humain est rattaché on est emmené à choisir un genre et vivre comme tel. Tout ne se résume pas seulement à nous mais aussi à ce qui nous entoure. C’est juste mon avis,je suppose que des critiques comme ça,ne vous surprend pas… .
    J’ai aimé l’article,c’est bien de se déchaîner😁

    1. Effectivement Regis, je ne suis pas surprise. Le monde qui nous entoure est important, certes, mais pas plus important que la manière dont on se perçoit et ce qu’on décide de faire de soi. Merci pour ton point de vue !

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